Monday 3 June 2013
Festival 1, 2, 3 Opéra ! - épisode 4
Falstaff au cube

Du 15 au 26 juin, l'Opéra met à l'honneur les élèves de Dix Mois d'École et d'Opéra* : le festival 1,2,3, Opéra ! permet aux classes du programme de présenter leurs projets et leurs réalisations à l'Amphithéâtre et au Studio Bastille. Accompagnés par des équipes pédagogiques et artistiques, les élèves rendent visibles sur scène leurs évolutions personnelles...


Le personnage de Falstaff dans l'opéra de Giuseppe Verdi, programmé à l'Opéra de Paris pour le bicentenaire du compositeur, a donné naissance à trois opéras originaux. cette création trilogique est interprétée par les élèves de trois établissements des académies de Paris, Versailles, Créteil. Entretien avec le compositeur Fabien Waksman et le librettiste Florent Siaud.( photo : © Agathe Poupeney)


Existe-t-il une unité musicale et narrative entre ces trois opéras ?

Fabien Waksman : Epic Falstaff est une trilogie dont chaque volet a un caractère propre. D'essence comique, le premier est une farce ; le second est une aventure épique et fantastique ; le troisième est traversé d'épisodes monumentaux et tragiques. Sur le plan musical, l'unité vient du fait que des motifs ou des thèmes se retrouvent dans les trois opéras, mais transformés et adaptés à chaque situation.

Florent Siaud : Sur le plan narratif, nous retraçons une épopée tragi-comique en trois temps, qui parle de l'instabilité du monde et de la vie, oscillant entre sublime et grotesque, élévation et chutes. Ce travail sur le déséquilibre est au coeur de la mise en scène, que j'assume avec la complicité du chorégraphe Jean-Marc Piquemal, et du décor imaginé avec Christophe Ouvrard, où sont privilégiées les diagonales et les pentes.


Le livret et la partition sont-ils nés d'un partage d'idées ? Vous êtes -vous influencés ?

Fabien Waksman : Nos idées surgissent de nos échanges permanents. Certains passages musicaux naissent avant les paroles, ce qui influence le livret, puisque Florent a la capacité de composer ses vers à partir de ma musique, quand, d'habitude, les choses se font en sens inverse. Il m'arrive de participer à l'évolution du livret en lui demandant de modifier un aspect qui me semble moins convaincant. De même, Florent n'hésite pas à m'orienter vers d'autres directions lorsque le son ne correspond pas à ce qu'il a voulu dire avec ses mots.


Quels sont les enjeux lorsqu'on écrit pour de si jeunes interprètes ? Est-ce un travail plus facile que d'ordinaire ou plus contraignant ?

Florent Siaud : J'ai la même préoccupation de la documentation, de la construction et de la cohérence dramaturgiques. La contrainte majeure de l'exercice consiste à dégager quelques rôles solistes, tout en intégrant activement les autres interprètes à l'histoire. J'ai valorisé chacun en créant des groupes de personnages contrastés et individualisés.


Fabien Waksman : Les enjeux sont différents mais j'ai la conviction qu'il faut viser la création d'une oeuvre d'art - et non d'une oeuvre « pédagogique » - pour que le potentiel souvent méconnu de ces élèves se révèle. C'est pour moi une forme de respect envers eux ; leur demander peu, ce serait les mépriser.

 

Comment faire appréhender en un temps restreint la musique et les codes du théâtre à ces jeunes débutants ?

Fabien Waksman : Ils ont d'excellentes mémoires et procèdent par mimétisme. Ils ont simplement à saisir le sens de la musique, son expression, son caractère. Ainsi, je me dois d'être vigilant sur un paramètre : la mélodie. Pour l'harmonie, le rythme ou l'orchestration, je suis libre...

Florent Siaud : ... Et l'univers de Falstaff regorge d'éléments concrets comme le ventre énorme du rôle-titre, le dos voûté des soeurs Quickly, la rigidité des juges. Partir du corps permet d'allumer l'imaginaire des enfants ! Prendre conscience de son corps, de ses mouvements et de sa voix : tel est l'enjeu sur lequel nous travaillons.

 

Propos recueillis par Marion Mirande

Retrouvez cet entretien dans En scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris



 

*Dix Mois d'École et d'Opéra est un partenariat entre l'Opéra national de Paris et les trois académies de Paris, Créteil et Versailles. Son programme éducatif, pédagogique et culturel est suivi par des classes situées dans les Zones d'Education Prioritaire ou Ambition réussite. Il vise plus particulièrement les établissements scolaires qui sont éloignés du milieu artistique et culturel et dure deux années. 

 

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