Friday 10 December 2010
Exposition / L'ère Liebermann
à l'Opéra de Paris

Compositeur, chef d’orchestre, metteur en scène, Rolf Liebermann dirigea successivement les Opéras de Hambourg et de Paris. Au Palais Garnier, son nom est attaché, entre autres, aux Noces de Figaro dans la mise en scène de Giorgio Strehler ou à la création mondiale de la version en trois actes de Lulu dirigée par Pierre Boulez. A l’occasion du centenaire de sa naissance, le Staatsoper de Hambourg s’associe à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra et à l’Opéra de Paris pour rendre hommage à cette personnalité d’exception du 14 décembre 2010 au 10 avril 2011.

 

« Musicien » comme il se définissait lui-même, compositeur et directeur d’institutions musicales, Rolf Liebermann (1910-1999) s’est taillé une réputation de « pape de l’opéra contemporain » après avoir exercé les fonctions d’intendant général de l’Opéra de Hambourg, entre 1957 et 1972. Le succès qu’il remporte à la tête de ce théâtre encourage les pouvoirs publics français à lui confier les destinées de l’Opéra de Paris auquel il s’agit de rendre un faste que certains croient définitivement perdu.

 

 Au travers d’une centaine de pièces – dessins, maquettes de décors, photographies, costumes, programmes, documents audiovisuels, archives provenant des collections de la Bibliothèque nationale de France, de l’Opéra national de Paris et du Centre national du costume de scène de Moulins, cette exposition rend compte du mandat de Liebermann à l’Opéra de Paris (1973 -1980) qui demeure l’une des époques les plus brillantes du Palais Garnier. En effet, sous son impulsion, le théâtre renouvelle son répertoire lyrique et chorégraphique tout en accueillant les metteurs en scène, les scénographes, les chorégraphes et les interprètes les plus talentueux du moment. Une présentation de l’action administrative, artistique et politique de Rolf Liebermann à la tête de l’Opéra de Paris permet d’évoquer les aspects les plus emblématiques de sa direction : la commande de la partition de l’opéra Saint-François d’Assise à Olivier Messiaen, les discussions avec les pouvoirs publics sur l’avenir de l’Opéra-Comique, les accords de coproduction signés avec la Scala de Milan, la politique de démocratisation culturelle et de captation audiovisuelle des spectacles, ou encore l’évolution de la structure juridique et administrative de l’Opéra de Paris. Les productions lyriques de l’« ère Liebermann » – devenues mythiques pour un grand nombre d’entre elles – constituent le coeur de cette exposition : Les Noces de Figaro dans la mise en scène de Giorgio Strehler, Les Contes d’Hoffmann et Lulu dans celles de Patrice Chéreau, Pelléas et Mélisande et Faust dans celles de Jorge Lavelli, Le Ring interrompu après La Walkyrie en raison des difficultés économiques, Boris Godounov de Joseph Losey. Hommage est aussi rendu aux grands interprètes invités par Liebermann : les chefs d’orchestre Karl Böhm, Pierre Boulez, Josef Krips, Georges Prêtre ou Georg Solti, les chanteurs Gabriel Bacquier, Teresa Berganza, Régine Crespin, Placido Domingo, Christiane Eda-Pierre, Christa Ludwig, Lucia Popp, Margaret Price, Ruggero Raimondi, Frederica von Stade, Teresa Stratas, Kiri Te Kanawa…


Enfin, l’exposition s’attache à mettre en valeur l’oeuvre considérable de Liebermann dans le domaine de la danse. Lors de sa direction, les grands ballets classiques, oubliés par la troupe depuis le XIXe siècle comme Coppélia ou La Sylphide sont repris tandis que les ballets de Marius Petipa, tel La Belle au bois dormant, entrent au répertoire de l’Opéra. Liebermann s’efforce également de tisser des relations avec les chorégraphes de son temps : il invite George Balanchine à plusieurs reprises, tout comme Merce Cunningham, Maurice Béjart, Roland Petit – qui donne deux créations au Palais Garnier : Nana et Le Fantôme de l’Opéra – et surtout Carolyn Carlson qui, au sein du Groupe de recherche théâtrale de l’Opéra de Paris (GRTOP), ouvre l’Opéra à d’autres formes de danse. Lorsqu’il quitte ses fonctions, en 1980, Rolf Liebermann a « sauvé » l’Opéra de Paris et laisse un théâtre au prestige renforcé et au répertoire enrichi.

 

Mathias Auclair et Christophe Ghristi



Un livre accompagnant cette exposition retrace le brillant parcours de Liebermann et évoque les créations les plus marquantes de cette période dans le domaine du ballet et de l'art lyrique. Riche de témoignages et de textes de ceux qui l'ont connu, doté d'une iconographie abondante, c'est un véritable ouvrage de référence, outil indispensable pour tous les passionnés de la scène.


L'Ère Liebermann à l'Opéra de Paris - sous la direction de Mathias Auclair et Christophe Ghristi

Editions Gourcuff Gradenigo - 49 € - en vente dès le 14 décembre dans les librairies-boutiques de l'Opéra

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