Wednesday 10 November 2010
Diaporama / Hommage à Shirley Verrett

Cet automne aura décidément été funeste aux légendes de l’art lyrique : après Joan Sutherland, c’est une autre grande voix du XXème siècle qui vient de s’éteindre vendredi dernier à l’âge de 79 ans.


Née en 1931 à la Nouvelle-Orléans, Shirley Verrett avait parcouru le continent américain pour suivre à Los Angeles des études de chant qu’elle avait achevées à la Juilliard School de New York. Elle avait fait ses premiers pas à l’opéra en 1957 dans Le Viol de Lucrèce, à Yellow Springs (Ohio), avant de débuter sur la scène internationale dans Carmen, qu’elle avait chanté à Spoleto en 1962 puis à Moscou en 1963. Des rôles de mezzos, elle avait évolué au cours des années 70 vers des rôles de sopranos, abordant Norma, Tosca, Desdémone, Lady Macbeth et Amelia. Sa carrière la mènera sur les principales scènes internationales, notamment au Staatsoper de Vienne, à la Scala, au Metropolitan Opera, au Covent Garden, au Bolchoï et au New York City Opera, aux côtés de Leontyne Price, Placido Domingo, Luciano Pavarotti, Montserrat Caballe, Joan Sutherland, Beverly Sills, Jose Carreras, Alfredo Kraus, Marilyn Horne, Grace Bumbry ou encore Simon Estes.


A l’Opéra de Paris, on se souvient de ses interprétations d’Azucena (Le Trouvère) en 1973, de Sinaïde (Moïse) en 1983, d’Iphigénie et de Lady Macbeth en 1984, d’Alceste en 1985 et de Médée en 1986. Lors de sa dernière apparition, en 1990, elle avait interprété Didon sur la scène du tout jeune Opéra Bastille qui accueillait avec Les Troyens son premier opéra. Outre sa voix exceptionnelle, chacune de ses apparitions était empreinte d’un charme troublant : sa simple présence sur scène conférait au tableau une beauté plastique envoûtante. On la revoit en Iphigénie, vêtue de sa robe couleur de deuil, semblable aux autres prêtresses et accrochant pourtant tous les regards...

 

Lancer le Diaporama Macbeth au Palais Garnier (1984) | Shirley Verrett | ©Jacques MoattiIphigénie en Tauride au Palais Garnier (1984) | Shirley Verrett | ©Jacques Moatti Iphigénie en Tauride au Palais Garnier (reprise de 1985) | Shirley Verrett | ©Jacques MoattiAlceste au Palais Garnier (1985) | Shirley Verrett | ©Jacques MoattiMédée au Palais Garnier (1986) | Shirley Verrett | ©Jacques Moatti

 

« Point de repère de l’histoire de l’opéra aux Etats-Unis » selon le New Yorker, Shirley Verrett en avait plus qu’aucune autre éprouvé les vicissitudes. En plus des montagnes que doit habituellement déplacer une chanteuse d’opéra pour se réaliser, elle avait dû, tout au long de sa carrière, affronter un racisme ordinaire dont le monde de l’art lyrique ne fut malheureusement jamais exempt : au début des années 60, alors qu’elle était invitée par Leopold Stokowski à se produire en récital, accompagnée par le Houston Symphony, l’orchestre avait refusé d’accompagner une soliste noire. Le chef lui avait rendu justice en lui offrant de se produire avec le non moins prestigieux Philadelphia Orchestra. Ses mémoires, publiées en 2003 sous le titre de I never walked alone, portent l’émouvant témoignage de cette expérience et de l’inépuisable ferveur qui lui permit de devenir cette interprète majeure du XXème siècle, dont l’image et la voix resteront gravées dans nos mémoires.

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