Wednesday 1 February 2012
Découvrez le site de la Tétralogie 2013

Lors de la saison 2012-2013, la Tétralogie de Richard Wagner revient à l'affiche de l'Opéra de Paris. Retrouvez des extraits vidéo, musicaux, photographies de spectacles, témoignages et entretiens avec les artistes sur notre site ring.operadeparis.fr

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D’Angelin Preljocaj, on aime les grands ballets poétiques et contemporains écrits pour de nombreux danseurs, comme les créations plus radicales. Car voilà plus de vingt-cinq ans qu’avec ferveur et goût du risque, le chorégraphe travaille sur les questions d'écriture et d'espace, réussissant de pièce en pièce à creuser un sillon « sans marcher sur ses propres pas ». Avec Siddharta, il emmène le Ballet de l’Opéra, qu’il a un immense plaisir à retrouver, dans une aventure fabuleuse qui s’offre comme un long poème musical sur la partition de Bruno Mantovani. Il y revisite le mythe fondateur de celui qui deviendra Bouddha. C’est le paradoxe et la force du travail d’Angelin Preljocaj qui en parle comme d’ « une élégante radicalité » : un travail ancré dans une tradition séculaire qui invente un vocabulaire contemporain et trouve son matériau chorégraphique dans les rituels d’aujourd’hui où l’homme est avant tout un corps : un corps physique tenté par la métaphysique. Car « le corps, lieu privilégié du fantasme, possède en lui tous les signes », aime rappeler Angelin Preljocaj qui confie que « la danse est un trait d’union entre l’existence charnelle et l’existence spirituelle, souvent tendue entre ciel et enfer ».

Que dévoile Siddharta ? Des mystères, ceux du long voyage fait d’épreuves, de doutes, de dépassement de soi et de recherche continue de celui qui va devenir Bouddha après avoir atteint l’éveil et être sorti du Samsara. Mais, au-delà du simple récit des origines et de la figure fondatrice de Siddharta, le chorégraphe expose sa vision du corps et du mouvement par un retour aux fondements de la danse dans sa dimension sacrée et magique : la danse, ramenée à l’essentiel « sans le moindre artifice ni la moindre trace d’exotisme », est elle-même sa propre fin. Angelin Preljocaj garde une confiance absolue dans la danse qui, selon lui, est le point de convergence entre la vie charnelle et spirituelle. « L'imagination étant la seule limite au mouvement humain, ce qui m'intéresse est de poursuivre l'extension du domaine de la danse », raconte le chorégraphe pour qui danser est comme de « s’avancer nu sur un champ de bataille ». « Et si je pouvais d’emblée dire ce que sera Siddharta, ce ne serait pas la peine de le faire. »

« Mon travail de chorégraphe est de donner de l’esprit au corps qui n’est pas que cette carcasse que l’on devrait trimbaler toute son existence jusqu’à sa déchéance. Depuis mon adolescence, quand j’étudiais la danse à la Schola Cantorum avec Karine Waehner, je m’interroge sur la vérité du mouvement sur le corps et son pouvoir. Que peut un corps ? demande Spinoza dans L’Ethique. A chaque fois que j’aborde une nouvelle thématique, qui souvent m’accompagne depuis longtemps, je me demande comment le corps qui peut sauter, s’élever, se déplacer et soulever des poids va fabriquer du signe et du sens pour réinterroger les questions actuelles ? Comment le corps peut-il être en prise avec le monde et décrypter le réel ? Comment peut-il fabriquer de la pensée et permettre un nouvel espace de la pensée ? Je dis souvent aux danseurs : il faut faire l’espace. Comme quand on trouve dans le gant la place de sa propre main. Et la danse, qui peut être de la pensée, peut créer de nouveaux mondes. A l’heure de la virtualité et du zapping, on a besoin de prendre le temps d’approfondir ces questions même si je me sens à contre-courant des normes et des caprices de notre temps. Qui, sinon la danse, peut interroger cette quête de l’homme ? » A peine a-t- il donné «un bout de réponse» qu’Angelin Preljocaj pose une nouvelle question... Ainsi, Siddharta ne s’inscrit pas par hasard après les succès de Blanche-Neige et du Funambule ni avant L’Apocalypse qu’il va créer pour le Bolchoï. C’est que le chorégraphe s’engage avec Siddharta vers une œuvre aussi splendide que réflexive et vers une mystique de la danse. Cette quête d’absolu pourrait bien être à la démesure de la sienne.

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE DANTO
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