Archives - Season 2012-2013
September 2012
Friday 28 September 2012
Eric-Emmanuel Schmitt
Le Mystère Bizet à l'Amphithéâtre Bastille
Video Eric-Emmanuel Schmitt

A l'occasion des deux soirées qu'il lui consacre les 10 et 11 octobre prochains à l'Amphithéâtre Bastille, l'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt évoque sa passion pour Georges Bizet et pour Carmen.


Tuesday 25 September 2012
Leçon de ténèbres Leçon de ténèbres
The Rake's progress
au Palais Garnier

Où s’arrêtera Olivier Py ? Poète, acteur, metteur en scène, homme de théâtre de premier plan, il passe d’un rôle à l’autre avec une facilité déconcertante et un talent qui force l’admiration. La reprise au Palais Garnier de The Rake’s Progress du 10 au 30 octobre est l’occasion de revenir sur ce qui fut sa première mise en scène pour l’Opéra national de Paris. Tête-à-tête avec un artiste total que son démon n’a pas fini d’inspirer.

 

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En Scène ! : The Rake’s Progress fut votre première mise en scène pour l’Opéra national de Paris. Vous souvenez-vous quel était votre état d’esprit lors que vous avez abordé cette oeuvre ?

Olivier Py : Lorsque je l’ai abordée, il y a quatre ans, je croyais travailler sur une oeuvre « néoclassique » : j’étais influencé par cet adjectif que l’on emploie pour qualifier l’oeuvre du deuxième Stravinsky – et en particulier The Rake’s Progress (étrangement, on applique peu ce mot à L’Histoire du soldat). Certains musiciens de mes connaissances affirmaient détester l’oeuvre sans vraiment la connaître, arguant qu’elle marquait un retour en arrière dans une histoire de la musique qui devrait toujours aller vers une complexité harmonique et rythmique plus grande. C’est un malentendu : ce n’est pas parce que l’action se déroule au XVIIIe siècle, que les récitatifs sont accompagnés au clavecin que The Rake’s Progress est une oeuvre réactionnaire, encore moins néoclassique. Ce n’est ni un pastiche de Mozart, ni une réécriture de Gluck : c’est du Stravinsky pur. Il faut abandonner ce préjugé avant d’aborder l’oeuvre, afin de pouvoir entendre le compositeur dans son entier : celui qui déconstruit l’harmonie pour inventer un mode nouveau.

 

En Scène ! : L’une des originalités de l’oeuvre réside dans cette série de gravures de William Hogarth – La Carrière du libertin – qui l’ont inspirée.

O.P. : Oui, il faut dire que ces gravures constituent des objets assez romanesques : on comprend qu’elles aient pu inspirer à un compositeur l’architecture d’une oeuvre lyrique. Mais elles posent également un problème qu’il est difficile d’esquiver : leur dimension moralisante. Ces scènes affirment que la pauvreté est mère de tous les vices et que tous les vices sont liés – de l’alcool à la débauche, du jeu à la prostitution… Lorsque le librettiste Wystan Hugh Auden s’épanche sur les gravures de Hogarth, il en respecte le fil mais abandonne cet aspect moral, renonçant à tout jugement à connotation sociale : il se laisse au contraire éblouir par le vide, par le non sens, par l’absurdité, par la volonté d’échec qu’il y a en Tom Rakewell et en chacun de nous. Je citerai cet exemple, à mon sens tout à fait révélateur : dans les scènes que peint Hogarth, Tom épouse, par cupidité, une vieille femme. Dans le livret d’Auden, la vieille femme devient Baba la Turque, la femme à barbe, un personnage monstrueux. Il ne l’épouse plus pour son argent mais précisément pour sa monstruosité, pour échapper à ces deux tyrans que sont le désir et le devoir, autrement dit par déraison, pour célébrer son lien avec l’humanité la plus profonde par la catastrophe, par la perte de soi. A ce moment, le poème d’Auden prend vraiment le pas sur cet artefact qu’étaient ces gravures du XVIII siècle.

 

En Scène ! : Quelle musique compose Stravinsky pour accompagner cette descente aux enfers ?

O.P. : Il compose une musique qui, si l’on n’y prête pas l’oreille, semble tendre vers une certaine banalité. En réalité, c’est le chant de l’homme perdu dans ses propres ténèbres. Dans The Rake’s Progress, tout concourt à la perte de soi : certes le plaisir, le jeu – c’était déjà le cas dans les gravures de Hogarth – mais également la tentation du bien, comme cette machine à fabriquer du pain, censée résoudre le problème de la faim dans le monde (peut-être une métaphore du communisme) mais qui finira par ruiner la cité. Le seul dénouement possible semble être la folie dans laquelle sombre le héros et à l’intérieur de laquelle apparaît une étrange rédemption : The Rake’s Progress est une leçon de ténèbres. L’oeuvre n’assène aucune vérité sur l’homme ou sur l’humanité. Elle est au contraire tissée d’inquiétude et de doute. En cela, elle est très représentative de la seconde partie du XXe siècle, d’une époque où certains compositeurs se sont tournés vers l’opéra pour y chercher non plus un lyrisme héroïque mais le chant de l’inconscient.

 

 En Scène ! : Le music-hall est très présent dans votre mise en scène. D’où vient cette idée ?

O.P. : Le music-hall fait partie de notre imaginaire commun avec Pierre-André Weitz et il me semble que cette rêverie est inscrite dans The Rake’s Progress : c’est une oeuvre musicalement hétéroclite ; c’est en partie pour cela qu’elle a pu avoir mauvaise réputation par le passé : un peu de cirque, une touche de comédie musicale… Certains passages de notre mise en scène ont entièrement été transposés dans cet univers. C’est le cas de la scène avec Baba la Turque : cela nous permettait de réinscrire ce personnage étrange dans une mythologie un peu louche, un peu perverse… Il est toujours intéressant d’importer à l’opéra des esthétiques qui lui sont a priori extérieures.

 

 

 Propos recueillis par Christophe Ghristi


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Related production : The Rake's progress
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Thursday 20 September 2012
Sous le sceau de Balanchine Sous le sceau de Balanchine
Trois oeuvres du chorégraphe
au Palais Garnier

De l’influence franco-russe à la modernité américaine, trois oeuvres emblématiques témoignent de l’évolution esthétique de l’un des chorégraphes majeurs du XXe siècle. Guidé par la musique, George Balanchine a façonné un style devenu référence incontournable. Retour sur un chemin de création.

George Balanchine sera à l'affiche du Palais Garnier du 24 septembre au 18 octobre 2012.

 

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George Balanchine a vingt-cinq ans quand il crée Le Fils prodigue, lors de l’ultime saison des Ballets Russes, en 1929. Il cherche, dans l’épisode biblique, une épure universelle qu’il demandera d’assumer avec la même acuité à Georges Rouault et Serge Prokofiev. Pour y parvenir, il s’inspire d’icônes ancrées dans sa mémoire, ainsi que de quelques lignes d’une nouvelle de Pouchkine. Critique et public parisiens, aveugles à ces images venues de la Sainte Russie, ne perçoivent dans cet exotisme que désacralisation. Et les partis pris chorégraphiques, radicaux, ne font qu’accentuer leurs préventions. La danse délaisse en effet les conventions, que ce soit dans le traitement expressionniste d’un Corps de Ballet exclusivement masculin, ou dans l’adage fort éloigné de l’image traditionnellement sucrée du couple idyllique, puisqu’il met face à face un garçon hypnotisé et une mangeuse d’hommes que Balanchine voulait « arrogante, voluptueuse et puissante ». On était à mille lieues des extraits de La Belle au bois dormant qui figuraient alors au même programme. Cependant, mise en oeuvre achevée du credo artistique de Diaghilev, symbiose réussie entre danse, musique et arts plastiques, cette création restera chère à Balanchine tout au long de sa vie. Il fera du Fils prodigue l’un des piliers de son répertoire, le remontant à New York en 1950, Robbins succédant à Lifar dans le rôle-titre.

 

Réunis en triptyque, Le Fils prodigue, Sérénade et Agon livrent les clés d’une vie de création tissée de fidélités indissociables, à la Russie, à Petipa, à l’esprit de Diaghilev, et surtout à la rigueur sacrée d’un art dont la modernité ne devait pas se dissoudre dans la sécularisation.

 

Sérénade doit sa création à d’autres enjeux. En 1934, arrivé depuis peu aux Etats-Unis, Balanchine est amené à concevoir très vite un ballet pour une représentation privée. Cette première oeuvre américaine tire son titre de la partition de Tchaikovski, Sérénade en ut majeur pour orchestre à cordes. De cette façon, Balanchine scelle chorégraphie et musique selon un rapport nouveau, dans la lignée de Fokine et de son Chopiniana (1908) - rebaptisé Les Sylphides lors de sa présentation par les Ballets Russes à Paris -, premier ballet construit sur une partition dont ce n’était pas la destination. Apparaît ainsi une nouvelle définition de la danse qui, dépouillée de tout souci narratif, se doit de révéler la musique jusqu’à rendre inutile le recours aux mots et aux histoires.

 

Pour mener à bien son projet, Balanchine ne dispose encore que des élèves de son cours de danse, essentiellement féminins, élèves qu’il voudrait amener à prendre conscience de tout ce qui sépare la scène de la classe. Balanchine brode à partir des images familières de ballerines en tutus longs, courses fugaces, alignements mystérieux, présence masculine rêveuse et rare, enchevêtrement de situations diverses où se greffe la vie, lorsqu’il y mêle les menus incidents des cours, retard d’une élève, chute d’une autre. Par la suite, lorsque la troupe devient réellement professionnelle, Balanchine ajuste sa chorégraphie, mais n’en change pas l’âme. « Il y a simplement des danseurs en mouvement sur une magnifique partition, écrit-il dans Histoire de mes ballets, la seule histoire est l’histoire de la musique, une danse, si vous voulez, dans la lumière de la lune. » Ombres romantiques et sylphides contemporaines peuvent dès lors se rejoindre dans l’imaginaire libéré du spectateur. Agon est d’une autre essence. Justaucorps noirs pour les filles, teeshirts blancs pour les garçons, plus rien ne fait écho directement au passé, pas plus celui de Petipa que celui de Fokine. C’est à l’oeuvre commune de Balanchine et Stravinsky que ce ballet renvoie. Il est le troisième volet de leur trilogie grecque, commencée en 1928 avec Apollon musagète, poursuivie en 1948 avec Orphée et close, en 1957, par Agon dont le titre, en grec, signifie « combat ». Le chemin parcouru par le chorégraphe en trente ans s’y mesure. Les deux premières oeuvres du cycle conservent un lien fort avec la narration, et s’appuient sur les décors et les costumes pour évoquer un monde mythologique, même si ce n’est plus sensible aujourd’hui pour Apollon dont Balanchine n’a cessé d’élaguer la scénographie. Agon n’a plus de grec que son titre, fil conducteur d’une série de variations sur un thème, la rivalité, la confrontation, que les douze interprètes développent au travers d’une danse classique aux lignes dépouillées, pures et tranchantes.

 

Sylvie Jacq-Mioche*

 

* Docteur en esthétique, professeur agrégé de Lettres, Sylvie Jacq-Mioche est professeur d’Histoire de la danse à l’École de Danse de l’Opéra.

 



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Related production : George Balanchine
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Wednesday 19 September 2012
Opéra Vidéo / Les Noces de Figaro
Images d'hier et d'aujourd'hui
éo Les Noces de Figaro

Du 15 septembre au 25 octobre Les Noces de Figaro sont à l'affiche de l'Opéra Bastille dans la mise en scène de Giorgio Strehler.

A cette occasion, nous vous proposons de revivre l'histoire de cette production légendaire depuis sa création en 1973 au Palais Garnier jusqu'à sa renaissance à l'Opéra Bastille en 2010, en passant par sa tournée triomphale aux Etats-Unis. Un montage mêlant images d'hier et d'aujourd'hui, où vous croiserez les noms de Gabriel Bacquier, Mirella Freni, Margaret Price, José van Dam, Barbara Frittoli, Ekaterina Syurina, Ludovic Tézier et Luca Pisaroni...


Related production : Le Nozze di Figaro
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Friday 14 September 2012
« Amoureux ennemis »
Capriccio au Palais Garnier
« Amoureux ennemis »

Un compositeur et un poète se disputent le cœur d’une comtesse : le dernier opéra de Strauss est une vibrante déclaration d’amour à l’art lyrique, un adieu lancé au vieux monde qui s’éteint. Sous la baguette de Philippe Jordan, Michaela Kaune, Bo Skovhus, Joseph Kaiser et Adrian Eröd illuminent la mise en scène de Robert Carsen, créée sur mesure pour le Palais Garnier. A l'affiche jusqu'au 27 septembre.


À lire Présentation de l'oeuvre

Opéra Vidéo Entretien avec Philippe Jordan (Directeur musical) et Christophe Ghristi (Directeur de la dramaturgie)

À lire Entretien avec le metteur en scène Robert Carsen

Opéra Vidéo Entretien avec Adrian Eröd (Olivier)

À écouter Portrait à lire et à écouter de Michaela Kaune 

Related production : Capriccio
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Friday 14 September 2012
Derniers Pass' Convergences à saisir
Derniers Pass' Convergences à saisir

La saison Convergences va entamer sa quatrième édition à l’Amphithéâtre Bastille, explorant les contrées merveilleuses de la musique de chambre, de la mélodie et du lied. Le Pass' Convergences vous permet, pour un prix forfaitaire de 90€, d’assister gratuitement, sur réservation préalable obligatoire, à 12 rendez-vous sélectionnés - concerts, récitals avec de grands solistes internationaux et spectacle chorégraphique - en fonction de vos goûts et de vos disponibilités.

Cette année, l’Opéra vous offre le choix entre deux Pass’ Convergences : Rose ou Pivoine.

 

en savoir plus sur le Pass' Convergences...


Il reste encore quelques Pass' Convergences en vente
 
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Sur Internet en cliquant ici

Aux guichets
- de l’Opéra Bastille, au 130 rue de Lyon – 75012 Paris (station Bastille métro lignes 1, 5, 8)
Horaires: 14h30 - 18h30 du lundi au samedi (sauf jours fériés)
- du Palais Garnier, à l’angle des rues Scribe et Auber – 75009 Paris (station Opéra métro lignes 3, 7, 8)
Horaires: 11h30 - 18h30 du lundi au samedi (sauf jours fériés)

Par téléphone  à partir du 7 septembre en appelant le 08 92 89 90 90 (0,34€TTC/min) ou le +33 1 71 25 24 23 depuis l’étranger du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 13h (sauf jours fériés)

 


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Friday 14 September 2012
Besoin d'espace
Concert Benedict Mason à l'Amphithéâtre Bastille
Besoin d'espace

Avant d’opter pour la composition musicale, Benedict Mason s’est d’abord essayé à la réalisation cinématographique. De ses jeunes années passées à filmer des musiciens, des musées ou des balançoires, il a gardé une sensibilité à l’espace dont il abreuve abondamment ses oeuvres.
Portrait d’un compositeur-cartographe auquel l'Amphithéâtre Bastille consacre un concert vendredi 21 septembre dans le cadre du Festival d'Automne à Paris.

 

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Le nom d’une salle de concert, celui d’une voie ouverte dans les Alpes suisses, la « cochlée », des « neurones ». Mais aussi du « pétrole », des « phares britanniques et gallois », une « présence » et la « pénombre »… Ou, non sans ironie, l’exclamation : « J’aime ma vie ». Ces mots traversent les titres des oeuvres du compositeur anglais Benedict Mason. Mystérieux, descriptifs, poétiques ou plus abstraits, ils suscitent l’étonnement, l’attention, la curiosité.

 

Au Royal College of Art de Londres, Benedict Mason s’enthousiasme d’abord pour la réalisation cinématographique. « Je faisais du cinéma d’art, je n’essayais pas d’être un réalisateur hollywoodien. J’ai ainsi filmé des musiciens dans différentes situations, en extérieur et à l’intérieur, dans des galeries d’art. L’extérieur, c’était l’un de ces magnifiques squares de Londres, autour duquel on peut tourner dans une voiture avec une caméra. J’étais intéressé par le son horschamp. Dans les films, vous entendez souvent des sons, sans voir les sources sonores à l’écran. J’ai exploité ces paramètres, de manière ludique ou même artificielle, par exemple avec des musiciens et des acteurs jouant parfois hors du cadre. Je n’ai pas réalisé à l’époque que cette idée était le germe de mon utilisation du son off ».

 

Benedict Mason filma aussi des balançoires à différentes vitesses : une ébauche de polyrythmie qui marque le début de savants essais, bientôt musicaux. Les vingt-quatre images par seconde suggèrent en effet des proportions de temps qui, en musique, détermineront des proportions entre les sons. Et toujours, Mason rendra perceptibles, saillants, vifs, ses rythmes.

 

Ces dimensions musicales du film, de plus en plus prégnantes, décident Benedict Mason à se consacrer à la composition. Le style y est un enjeu majeur. « On me voit souvent comme un papillon ». L’intention, pourtant, est tout autre. Contre une certaine monotonie stylistique, Mason se montre soucieux de radicalité et de pertinence, se veut iconoclaste par impatience et se refuse à reconduire des modèles. « “Enlève toutes les hauteurs” est la première chose que je me suis dite quand j’ai commencé à composer. C’était se soustraire à toute obligation harmonique et se concentrer sur le rythme, les timbres élargis, les plans sonores »…

 

Un tel art évoque le souvenir d’Igor Stravinsky qui, jusque dans le pastiche et le maniement virtuose des styles, demeura original, brillant, visionnaire et jamais didactique. Comme Stravinsky, Mason emprunte des structures et des matériaux, aux consorts de violes de Purcell ou au Concerto pour piano et orchestre de Schumann. Et si nous connaissons l’oeuvre d’origine, notre écoute se porte sur une autre dimension : l’espace, à travers enregistrements, microphones, haut-parleurs. « Comme un Hörspiel pour la radio. Sans la moindre nostalgie ».

 

L’espace s’avère donc déterminant. Il est d’abord une topologie marine ou alpine, invitant au voyage, une cartographie réelle ou imaginaire. Ce besoin d’espace apparaît aussi, volontiers, comme une réponse à la densité des oeuvres. Rendre celle-ci claire, lisible, implique d’introduire une distance entre les musiciens. « J’étais frustré par le type de pratique et d’attitude habituel au concert, où le dispositif spatial de l’orchestre est toujours le même. Le son y est trop direct et trop proche. Placer les musiciens hors scène ou à distance est pour moi une expérience poétique. Qui filtre le son, modifie ses partiels. En lien avec notre inconscient, un monde onirique émerge. L’auditeur en perçoit les relations. L’expérience est fascinante ».

 

Et la perception se trouble à nouveau : si un musicien donne un son piano sur un instrument devant nous et, sur un même instrument, un même son, mais fortissimo et au loin, le microphone ne perçoit pas ce que perçoit, même confusément, l’intelligence de nos oreilles. C’est pourquoi Mason observe les qualités propres aux salles pour lesquelles il compose – et aujourd’hui à l’Amphithéâtre Bastille de Paris. Ouvrir les portes, c’est faire entrer un air frais dans la salle de concert, laquelle respire à nouveau, pleinement. « Ces lieux m’inspirent particulièrement. J’aime les étudier, les écouter, écouter leurs résonances. Et chercher leur tonalité ». Dans ces espaces élargis se déroulent des actions scéniques, théâtrales, pleines de surprises, dont il convient de préserver l’effet et les traits d’esprit, avant toute représentation.

 

Laurent Feneyrou*

 

* Musicologue (CNRS), éditeur des écrits de Luigi Nono (Genève, Contrechamps, 2007) et de Jean Barraqué (Paris, Publications de la Sorbonne, 2001). Laurent Feneyrou est aussi l’auteur d’études sur Bruno Maderna (Paris, Basalte, 2007 et 2009).


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Related production : Festival d'Automne Benedict Mason
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Thursday 13 September 2012
Opéra Vidéo / Adrian Eröd
Entretien avec le baryton à l'affiche de Capriccio
Adrian Erod

"Qui prime, de la musique ou des paroles ?" Cette  question au centre de Capriccio, nous l'avons posée à Adrian Eröd, qui interprète le poète Olivier dans l'ultime opéra de Richard Strauss, du 8 au 27 septembre au Palais Garnier. Réponse.


Related production : Capriccio
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Wednesday 12 September 2012
« On est grand par l'amour
et plus grand par les pleurs ! »

Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra Bastille
« On est grand par l'amouret plus grand par les pleurs ! »

Du 7 septembre au 3 octobre, reprise à l'Opéra Bastille des Contes d’Hoffmann dans l’imaginative mise en scène de Robert Carsen (également à l'affiche de Capriccio). L'opéra d’Offenbach exhale un parfum bizarre et visionnaire, sensuel et morbide. Stefano Secco incarne ce double du compositeur. Jane Archibald, Sophie Koch et Ana Maria Martinez prêtent leurs voix aux femmes qui hantent les actes de cet ultime ouvrage.


À lire Présentation de l'oeuvre

Opéra Vidéo Extraits du spectacle commentés

À lire Entretien avec le metteur en scène Robert CarsenOpéra Vidéo "Les oiseaux dans la charmille..." par Jane Archibald (Olympia)

En direct au cinéma
EN DIRECT AU CINÉMA
MERCREDI 19 SEPTEMBRE 2012
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Related production : Les Contes d'Hoffmann
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Tuesday 11 September 2012
Quand le chant se fait âme
Portrait de Michaela Kaune à l'affiche de Capriccio
Michaela Kaune

Triomphant à Bayreuth et à Salzbourg, Michaela Kaune s’était faite scandaleusement discrète en France. Ses débuts attendus dans le rôle de la comtesse de Capriccio signent son grand retour à l’Opéra de Paris : à elle ce choix difficile entre le poète et le compositeur dans l’opéra crépusculaire de Richard Strauss.

 

 

à écouter
Et pour agrémenter la lecture du portrait que lui consacre Jean-Jacques Groleau, nous vous proposons de (ré)écouter deux lieder interprétés par la soprano : L'Ode à la lune, extrait du Rusalka de Dvorak - Schleswig-Holstein Festival Orchester, direction Christoph Eschenbach (voir la vidéo ci-dessus), et Beim Schlafengehen, le troisième des quatre derniers lieder de Strauss (voir l'extrait à la fin du texte).
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C’était en 1998, ou 99 peut-être… Au siècle dernier en tout état de cause : aller à Munich nécessitait encore que l’on passât au bureau de change ! Michaela Kaune, une toute jeune Pamina, se révélait aux côtés du Tamino de Rainer Trost. Sa jeunesse, son apparente fragilité, sa lumière aussi, ce frémissement du chant qui sait se faire âme, semblait soutenir sans peine la présence d’un Sarastro pourtant monumental, celui du légendaire Matti Salminen – aussi imposant de stature que de voix. Une découverte assurément, et dont on se doutait bien que le nom ne resterait pas longtemps confidentiel…

 

Cette soprano hambourgeoise, ingénue mais sûre déjà, sûre de son chant et de son jeu, nous devions la retrouver quelques années plus tard en Freia de L’Or du Rhin, Helmwige de La Walkyrie puis, surtout, en Eva des Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Métamorphosée ? Pas même ; juste grandie, mûrie certes, mais avec cette même façon de chanter clair et lumineux toujours, et juvénile. Un chant comme densifié peut-être, électrisé, mais en rien alourdi. Ce sont ces qualités-là qui n’ont pas dû manquer de charmer les bienheureux auditeurs berlinois, où elle fit plus d’une décennie durant quelques-uns des beaux soirs de la Deutsche Oper, où elle fut en troupe depuis 1997. Mozart y était son quotidien, si l’on peut dire : Pamina donc, Ilia d’Idomeneo, la Comtesse des « Noces » et jusqu’à la plus véhémente Donna Elvira, où l’on sentait déjà poindre cette énergie sereine, cette tension de feu qui devaient devenir la marque de fabrique de ses jeunes héroïnes wagnériennes. Et petit à petit, avec la sagesse des artistes qui savent ne pas brûler les étapes, elle ajouta, saison après saison, quelques rôles nouveaux, un peu plus lourds, censément plus exposés – Agathe du Freischütz, Rosalinde de la Fledermaus, les Wagner cités plus haut. Mais sans jamais oublier de garder Mozart à son répertoire, non pas comme ascèse : comme jouvence !

 

Sans se départir de ce répertoire – qui demeure la « santé de la voix », comme disent les grands anciens –, elle fait aujourd’hui évoluer peu à peu ses rôles, les rééquilibrant, en laissant un peu plus de place chaque jour à ce que nos amis allemands qualifient de « jeune dramatique » ; ce sont ces personnages sur lesquels elle se concentre désormais, mais en donnant toujours à ses Gutrune du Crépuscule des dieux, à ses Jenufa et autres Ariane (dans Ariane à Naxos de Richard Strauss) la même grâce, la même souplesse qu’elle met à sa Maréchale (Le Chevalier à la rose), ou encore à Arabella, avec ses exigences de longueur de souffle, de ligne, de légèreté dans l’aigu, et de densité vocale. Garder la souplesse et la ligne mozartiennes dans des rôles aussi lourds, en faisant face à des orchestres souvent roboratifs, ce sont là des qualités que l’on pourrait pourtant croire antinomiques…

 

En France, Michaela Kaune s’est faite bien discrète : à peine une Donna Elvira à Montpellier en 2002, et dans la mémorable mise en scène faite pour Strasbourg par Achim Freyer, puis un concert parisien en 2004, avec le rare Stabat Mater de Karol Szymanowski et la Quatrième Symphonie de Mahler sous la baguette de Christoph Eschenbach… C’est peu. Ce n’est pourtant pas qu’elle n’aime pas la musique française : on l’a entendue en Marguerite de Faust, en Micaela, en Madame Lidoine même… Quant à l’Opéra de Paris, après l’avoir accueillie en 1999 en Comtesse des Noces de Figaro, c’est en Comtesse de Capriccio qu’il l’invite aujourd’hui. Quand on sait le soin que l’artiste a toujours porté au châtié de sa diction, disant son chant comme en son temps un Chaliapine, dont on ne sait trop s’il chantait en parlant, ou parlait en chantant, ce rôle est une véritable mise en abyme pour elle : d’entre les mots et la musique, elle ne se demande pas lesquels priment ; leur union est affect qui ne dépend plus ni de l’un ni de l’autre, mais les transcende tous deux pour quelque signification plus haute – et plus profonde. D’ailleurs, si on lui demandait, gageons qu’elle ne choisirait pas entre Olivier et Flamand !

 

Jean-Jacques Groleau*

 

*Agrégé de Lettres classiques, ancien collaborateur à Diapason, Classica et Opéramag, Jean-Jacques Groleau est aujourd’hui directeur de l’administration artistique à l’Opéra Orchestre national de Montpellier Languedoc Roussillon.


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Related production : Capriccio
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Monday 10 September 2012
Patrimoine de demain
Éditorial septembre-octobre 2012
Patrimoine de demain

En 1973, Rolf Liebermann, nouveau Directeur de l’Opéra de Paris, et Michel Guy, Directeur d’un Festival d’Automne flambant neuf, eurent l’audace d’inviter le chorégraphe américain Merce Cunningham. Le grand maître du hasard au royaume du code et d’une tradition farouchement conservée ? En rien : le Ballet de l’Opéra avait lui-même soif de renouveau et de laisser exploser son énergie. Avec lui, Cunningham amenait John Cage, qui attendait des musiciens de  s’échapper de la partition et de composer avec leur fantaisie. Quelques dents grincèrent mais le résultat fut magique et historique. Ainsi construit-on le patrimoine de demain.

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Dans le même esprit, Brigitte Lefèvre propose aujourd’hui à Marie-Agnès Gillot de signer sa première chorégraphie pour la Compagnie. Le plasticien Olivier Mosset est de la partie et Laurence Equilbey a rassemblé des oeuvres de Bruckner, Ligeti et Morton Feldman. Le bel aujourd’hui continue à rayonner et à nous illuminer ! Au même moment, l’Opéra reprend peut-être pour la dernière fois la célèbre production de Giorgio Strehler des Noces de Figaro, autre coup d’éclat légendaire de Liebermann. Mais un coup d’éclat fait pour durer puisque la jeunesse en a été miraculeusement préservée pendant presque quarante ans. Dans le sillage de Strehler, c’est Robert Carsen, Olivier Py et Laurent Pelly qui reviennent travailler à l’Opéra cet automne : trois regards, trois univers, trois grands créateurs d’aujourd’hui qui répondent à nos questions. Et qui, évoquant Strauss, Offenbach, Stravinsky et Donizetti, nous donnent trois leçons divergentes et complémentaires de mise en scène.

 

À l’Amphithéâtre, c’est Éric-Emmanuel Schmitt qui impose son regard d’écrivain et nous fait partager sa passion pour Bizet, en prélude à la Carmen qui se prépare pour décembre. En musique, il évoquera le mystère insoluble de ce frère musicien de Nietzsche, que l’opéra a consumé et que la mort a emporté au seuil d’une aventure artistique à jamais ensevelie. Et, comme au temps de Un jour ou deux, le Festival d’Automne est présent à l’Opéra pour nous emmener sur les chemins toujours exaltants de la création. Benedict Mason, Hans Abrahamsen, Frédéric Pattar et Lucia Ronchetti nous font entendre leur musique, celle qui vient de naître sous leurs doigts et de leur fantaisie. Là encore sont réunis le plaisir immédiat de la découverte et la construction exigeante et amoureuse du lendemain.

 

Christophe Ghristi Directeur de la Dramaturgie


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Friday 07 September 2012
Présentation de la saison Jeune public Présentation de la saison Jeune public
mardi 11 septembre à 18h au Studio Bastille

Après la saison Convergences, c'est au tour de la saison Jeune public de dévoiler sa programmation 2012-2013 lors d'une présentation au Studio Bastille, ce mardi 11 septembre à 18h. Vous pouvez dès maintenant découvrir la programmation de cette nouvelle édition et télécharger la brochure. Entrée libre.

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Fidèle à sa mission, la programmation Jeune public de l’Opéra de Paris ne cessera de nourrir l’imagination et les rêveries de ses spectateurs. Toutes les époques et tous les genres de musique y seront abordés, du baroque au jazz, de Bach à Wagner. Célébré sur la grande scène de Bastille pendant tout le premier semestre 2013, L’Anneau du Nibelung déploiera ses sortilèges à l’Amphithéâtre également : resserré en une heure quarante, recentré autour du jeune et rayonnant Siegfried, ce Ring de poche se veut une entrée dans un monde théâtral et musical fascinant. Pas question d’âge ici, Wagner s’adresse à tous et à l’enfant illuminé et aventureux qui est en chacun.

L’aventure artistique et humaine est au centre de cette programmation : Dominique Brun et Christian Dumais-Lvowski nous feront approcher le visionnaire Nijinski et l’iconoclaste Stravinsky du Sacre du printemps, Robyn Orlin et Angelin Preljocaj viendront partager leurs dernières intuitions sur le mouvement et la danse, les jeunes interprètes du Créa nous offriront leur création autour de Pinocchio… Pour les plus petits, Carlotta Sagna évoquera, avec Cuisses de grenouille, la naissance d’une vocation artistique. Enfin, Vincent Dumestre, le Poème harmonique et les chanteurs de l’Arcal nous feront voyager dans la Venise baroque et ressusciteront l’énigmatique et poétique figure de Caligula… Concerts et ateliers viendront enrichir encore ces invitations à l’aventure. Dans l’univers intimiste et feutré de l’Amphithéâtre, c’est donc à de grands départs que vous convie une fois encore le Jeune public !

Christophe Ghristi


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Thursday 06 September 2012
Mises en abyme Mises en abyme
Les Contes d'Hoffmann
et Capriccio

Dans le monde polémique et controversé de la mise en scène d’opéra, Robert Carsen a su s’imposer comme l’un des metteurs en  scène les plus fédérateurs par la finesse de sa lecture des oeuvres et par l’élégance plastique des univers qu’il crée. À l’occasion de la reprise des Contes d’Hoffmann et de Capriccio, nous nous sommes entretenus avec cet artiste qui séduit un large public.

 

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En Scène ! : Vous revenez à l’Opéra de Paris pour la reprise de deux ouvrages emblématiques qui ont marqué votre carrière et qui ouvrent la nouvelle saison. En quoi une reprise diffère-t-elle d’une création pour un metteur en scène?

Robert Carsen : Les Contes d’Hoffmann ont déjà été repris à Paris de nombreuses fois, ainsi que Capriccio, c’est donc beaucoup moins compliqué pour moi, surtout quand la reprise a lieu dans le théâtre où est née la création. En l’occurrence, la seule différence, fondamentalement, réside dans le changement de chef d’orchestre et de chanteurs. Pour Capriccio nous avions opté pour une version intégrale lors de la création puis, pour les reprises, il y a eu quelques coupures notamment certaines choisies par Strauss lui-même. Philippe Jordan a aussi souhaité quelques petites coupures ici et là, mais sur la forme même du spectacle, du moment qu’il est joué à Garnier les différences entre création et reprise restent minimes.

 

En Scène ! : On évoque souvent votre sens de l’épure quand on analyse vos mises en scène. Partagez-vous cette définition de votre travail ?

R.C. : J’essaie toujours dans un ouvrage d’aller à l’essentiel. Ni Les Contes d’Hoffmann ni Capriccio ne sont des ouvrages simples et linéaires. Ce sont des oeuvres hybrides, complexes, qui parlent du théâtre. Hoffmann est un personnage réel, un compositeur, un dramaturge, à qui Offenbach fait raconter son histoire pendant que sa bien-aimée chante Donna Anna sur une scène tout à côté. On est donc plongé dès le début dans un champ de vision démultiplié. Dans Capriccio, la Comtesse organise une soirée d’anniversaire avec des artistes, un compositeur, un poète, un metteur en scène. Ces deux ouvrages parlent donc tous deux des arts de la scène de manière élaborée, et cette complexité aboutit à une mise en scène multidimensionnelle. Mon travail sur Tannhäuser à l’Opéra de Paris était beaucoup plus épuré. Ça m’est difficile d’analyser mon travail, mais j’ai pour ambition d’abolir toute distance entre le spectateur et l’oeuvre.

J’aime que le spectateur « reçoive » l’opéra le plus directement possible. L’épure, ce n’est pas un choix esthétique pris d’emblée. Visuellement, ne reste sur le plateau que ce qu’on voudrait raconter de l’histoire et ma façon d’entrer dans la matière de l’oeuvre. Plus il y a d’éléments sur le plateau moins on entend la musique, or à l’opéra on est là pour concentrer le maximum d’attention sur les chanteurs, sur leur personnage, et sur la musique, donc j’ai tendance à aimer les espaces épurés pour cela.

 

En Scène ! : Considérez-vous Les Contes d’Hoffmann et Capriccio comme les testaments lyriques de leur compositeur respectif ?

R.C. : Strauss savait que c’était sa dernière oeuvre, mais pas Offenbach qui voulait prouver avec Les Contes d’Hoffmann qu’il savait écrire autre chose que des comédies satyriques, et il l’a d’ailleurs magistralement prouvé. Je ne pense jamais au côté testament en abordant des oeuvres, je les vois comme quelque chose de vivant, comme si la partition venait d’être écrite. J’essaie d’imaginer quelle est la démarche du compositeur, car chaque artiste écrit pour faire du neuf, pour renouveler son art et non pas pour se répéter. Je regarde toujours un opéra indépendamment du reste de l’oeuvre du compositeur. Certes, il faut garder à l’esprit en quoi l’ouvrage est différent des précédents, mais jamais comme une finalité testamentaire.

Ce qui est remarquable avec Capriccio, c’est que Strauss a participé à l’écriture du livret avec Clemens Krauss, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant même s’il avait beaucoup d’idées précises sur la manière dont les livrets doivent être écrits. On y retrouve d’ailleurs toute la mélancolie de Strauss, et quand on sait que Capriccio a été écrit pendant la guerre on ne peut pas dissocier l’oeuvre de l’état d’esprit de Strauss à cette époque de sa vie.

 

En Scène ! : Les Contes d’Hoffmann, comme Capriccio, sont deux ouvrages où la représentation d’un opéra, soit sur la forme soit sur le fond, occupe une place centrale. Cet aspect du « théâtre dans le théâtre » vous passionne-t-il ?

R.C. : Dans les deux cas, sur la forme comme sur le fond, c’est un aspect qui m’a toujours fasciné. A l’âge de quatorze ans, mes parents m’ont emmené voir à New York une pièce de Pirandello intitulée Cosi è (se vi pare). À la fin de la pièce se produit un retournement de situation qui m’a marqué à vie. C’est cette utilisation du théâtre dans le théâtre dont je me suis servi à de nombreuses reprises, la dernière fois en montant Don Giovanni d’ailleurs. Quand le théâtre est présent dans l’oeuvre de manière explicite, comme c’est le cas dans Capriccio et dans Les Contes d’Hoffmann, ça me passionne. Dans « Les Contes », c’est bien simple, on y parle d’opéra sans cesse, de Don Giovanni, de Donna Anna, des pièces de théâtre écrites par le personnage principal, de l’entracte… Dans Capriccio, on passe son temps à essayer d’écrire un opéra, de trouver un titre, de trouver les chanteurs adéquats, de réfléchir à la mise en scène. Dans l’élaboration des deux productions avec Michael Levine, mon décorateur, nous sommes allés très loin dans l’utilisation du théâtre dans le théâtre.

Dans Les Contes d’Hoffmann, il s’agissait de réaliser une progression dans l’espace théâtral même. Au premier acte, on est dans les coulisses (pour Hoffmann tout est vrai mais pour le public tout est faux), au deuxième acte, on entre dans la fosse d’orchestre avec au-dessus le personnage de la mère d’Antonia, une chanteuse d’opéra… et au troisième, on est pris entre deux publics, ou entre le public et son reflet. Le septuor, ou sextuor avec choeur, de l’acte de Giulietta est d’ailleurs un reflet du sextuor final de Don Giovanni. C’était le moyen idéal de retracer l’unité de l’oeuvre. Ironiquement, Hoffmann perd toutes les femmes qu’il essaie de séduire avec, derrière lui, l’ombre de Don Giovanni qui lui les a toutes gagnées, comme s’il y avait un jeu de questions-réponses entre deux personnages de deux opéras différents.

 

En Scène ! : Dans Capriccio, vous faites du Palais Garnier le décor même de votre mise en scène. Comment vous est venue cette idée ?

R.C. : Capriccio est censé se passer dans un hôtel particulier près de Paris, près d’un théâtre privé. J’ai trouvé ça amusant de faire du Palais Garnier le théâtre privé de la Comtesse. C’est venu du fait que l’ouvrage est très particulier, comme le titre l’indique. C’est une méditation spirituelle sur l’opéra. Peut-être que Strauss l’a pensé comme thème testamentaire, comme pour poser un regard sur ses oeuvres et sur le théâtre qui fut toute sa vie. Ça me semblait nécessaire, pour donner vie à cette méditation, pour rendre crédibles les personnages comme celui de la danseuse, de situer l’action sur un vrai plateau de théâtre assumé où l’on puisse voir la machinerie. Et puis il y a cette scène finale avec un écran qui monte comme si l’on voyait finalement l’opéra de Flamand et Olivier se créer sous nos yeux avec cette magnifique musique de clair de lune (Mondschein-Zwischenspiel). Ça devient presque une pièce d’Anouilh. On quitte la réalité de la maison de la Comtesse en un zoom cinématographique pour se retrouver à une première mondiale, comme une version théâtralisée de tout ce que l’on avait vu précédemment.

 

En Scène ! : Dans Les Contes d’Hoffmann, l’illusion du théâtre et l’illusion amoureuse sont souvent mises en miroir. Cet aspect vous intéresse- t-il tout particulièrement ?

R.C. : Je n’y ai pas pensé directement. Mais dans l’évolution du livret jusqu’au rideau final, il y a de manière évidente une évolution et un cheminement d’Hoffmann à travers toutes les facettes de l’illusion et de la désillusion amoureuse. Il s’agit d’un véritable parcours amoureux. Quand il rencontre Olympia, Hoffmann est jeune, innocent et timide. C’est son premier coup de foudre. Antonia est l’incarnation de l’amour romantique, souligné par la condition physique de l’héroïne et magnifié par les appels diaboliques du Docteur Miracle.
L’acte de Giulietta est décadent et trash au possible. Hoffmann est cette fois aux prises avec une courtisane ivre, déchaînée et désespérée. Leur rapport est clairement sexuel. C’est donc un opéra sur l’évolution et la transformation du sentiment amoureux. C’est d’ailleurs ce qui a guidé en partie notre ordre de présentation des actes, avec l’acte d’Antonia comme pivot central.

 

Propos recueillis par Philippe Scagni*

 

Retrouvez l'intégralité de cet article dans

En Scène ! Le journal de l'Opéra national de Paris
 
 
* Chroniqueur opéra pour Technikart et Musica Falsa, Philippe Scagni est également chanteur et administrateur de la compagnie lyrique In-Sense. 

 

 

 

 


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