Archives - Season 2010-2011
October 2010
Friday 29 October 2010
En vidéo / Barbara Frittoli
La soprano interprète la Comtesse des Noces de Figaro
Une Barbara Frittoli

A l'affiche des Noces de Figaro du 26 octobre 2010 au 7 juin 2011, la soprano milanaise évoque la figure mythique du metteur en scène Giorgio Strehler, et analyse avec beaucoup de finesse le personnage de la Comtesse à qui elle prête sa voix.


Wednesday 27 October 2010
Atelier Lyrique Atelier Lyrique
sur operadeparis.fr

C'est le 27 octobre 2010 à l'Auditorium du Louvre que l'Atelier Lyrique a donné son concert de rentrée. Au programme, des oeuvres de Beethoven, Copland, Prokofiev, Tchaïkovski, Ginastera, Guastavino, Mompou et Britten.

Vous pouvez revoir ce concert  sur operadeparis.fr et medici.tv.

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Wednesday 27 October 2010
György Kurtag au Palais Garnier
mardi 2 novembre 2010
György Kurtag au Palais Garnier

Musicien hors des modes et des écoles, sismographe d'une expérience intérieure, György Kurtag figure parmi les géants de la musique d'aujourd'hui. Il présente ses deux dernières oeuvres en création française, Colinda Balada pour choeur et neuf instruments et Quatre poèmes d'Anna Akhmatova pour soprano et ensemble, lors d'un concert exceptionnel, le 2 novembre au Palais Garnier.

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György Kurtág occupe une place singulière et bien à part dans le paysage contemporain : citoyen de cet autre monde que fut l'Europe de l'est après la guerre, il connut une longue gestation avant de trouver son propre style à la fin des années cinquante: son Quatuor à cordes, auquel il attribua significativement le numéro d'opus 1, date de 1959. Kurtág était ainsi passé à côté de sa propre génération, celle de Boulez, Nono et Stockhausen, ne sortant de son relatif anonymat qu'au milieu des années soixante-dix, avec la création de ce qui est l'un de ses plus grands chefs-d'œuvre, les Messages de feu demoiselle Troussova (opus 17). Du coup, ses œuvres résistent aux classifications hâtives, de même qu'elles ne se laissent pas approcher à travers des considérations purement formelles. La profondeur de l'écriture naît d'une expression riche et tourmentée, d'une expérience intérieure solitaire, d'une sensibilité exacerbée qui enregistre de façon sismographique les moindres signaux qui lui parviennent.

 

Face à une œuvre de Kurtág, l'auditeur est amené à se demander ce qu'elle dit plutôt qu'à s'interroger sur la façon dont elle est faite. Le contenu, dont l'intensité pourrait appeler des formes longues, est en réalité compressé dans un temps excessivement bref, presque météorique, qui est celui du choc, de la fulgurance, du rêve et de la mélancolie. Dans sa forme lapidaire, que l'on pourrait qualifier d'électrique, la musique de Kurtág célèbre aussi bien l'essence de la tradition savante que celle de la musique populaire, dont Bartók avait loué la perfection en la comparant aux plus grands chefs-d'œuvre du répertoire. Dans les microcosmes kurtagiens figurent les contours de phrases ciselées, articulées entre elles, que l'on trouve dans la grande littérature musicale ; elles construisent un véritable discours au sein duquel les voix dialoguent entre elles.

 

Car la musique veut parler. Souvent adossée à celle des poètes (Beckett ou Pilinszky, Dalos ou Akhmatova, Hölderlin ou Bornemisza), elle concentre toutefois en chacun de ses “mots” des forces contradictoires et cherche à saisir l'insaisissable. Ainsi se construit un univers qui, du plus petit élément jusqu'à la forme globale, lie ce qui n'a pas de lien apparent. La forme, chez lui, est à la fois une quête, qu'il nous fait partager et une aventure dont on ne connaît pas le tracé à l'avance. Lui-même ne le sait pas. Chaque note suppose une décision difficile, non seulement parce qu'elle doit répondre des notes précédentes mais aussi parce qu'elle ouvre un nouveau champ de possibles. Dans les Chants d'Anna Akhmatova, tout commence dans la plus grande simplicité, presque naïvement, dans un climat d'intériorité et de douceur; mais au moment où la sirène du quatrième chant retentit, cette sonorité lugubre et angoissante qui évoque instantanément et de façon primaire l'effroyable destin de Mandelstam, nous prenons conscience du long chemin qui a mené à cette tragédie, marqué d'une émotion sans cesse croissante, et il faut être bien insensible pour ne pas avoir aussitôt le cœur serré et des sanglots aux lèvres.

 

Mais si Kurtág a exalté cette forme du fragment, il cherche depuis plusieurs années à reconquérir la grande forme et a composé des pièces de plus longue haleine. C'est le cas de la Ballade roumaine qui a consacré le retour de l'homme itinérant dans sa région natale et lui a permis de renouer avec l'une de ses langues d'origine, lui qui avait jusque-là composé à partir de textes en hongrois, russe, français, anglais, allemand et grec ancien… L'œuvre mêle le ton naïf du conte, avec sa dimension allégorique, à une écriture de chœur rigoureuse, presque austère, d'où se dégagent les phrases expressives du ténor solo. Elle est à la recherche d'une dramaturgie différente, visant, en fin de partie, le genre même de l'opéra. Car si la théâtralité, dans la plupart des pièces kurtagiennes, est latente, y compris dans les pièces purement instrumentales, tout le problème est désormais de la rendre manifeste, et d'affronter le problème de la représentation. C'est le chapitre ouvert d'une œuvre sur lequel le compositeur travaille d'ores et déjà et qui saura sans doute une fois encore nous surprendre.

Philippe Albèra


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Wednesday 27 October 2010
Reportage / Les Noces de Figaro Reportage / Les Noces de Figaro
en attendant le direct du 3 novembre

En attendant la retransmission en direct des Noces de Figaro sur France 3, mercredi 3 novembre à 20h35, découvrez un reportage sur  Philippe Jordan, Directeur musical de l'Opéra national de Paris, et un extrait du spectacle, sur Culturebox.fr


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Tuesday 26 October 2010
Jeune Public / Débatailles
à l'Amphithéâtre Bastille
Jeune Public / Débatailles

Après le succès de L'Incroyable Histoire de Gianni Schicchi, la Saison Jeune Public se poursuit, cette fois dans le domaine chorégraphique, avec DéBaTailles, à l'affiche de l'Amphithéâtre Bastille du 5 au 8 novembre 2010. En raison d'une très forte demande, représentation supplémentaire exceptionnelle samedi 6 novembre à 11h30.

 

Dans l’arène de DéBaTailles, cinq danseurs en costume cravate s’affrontent autour de défis dansés. Les bruns sont opposés aux blonds et la danse devient un jeu où chacun veut gagner en impressionnant l’adversaire. Fantaisie, dérision et humour sont les armes de ces batailles sans merci qui oscillent entre acrobaties et cocasseries et qui mêlent arts du cirque, hip hop et danse contemporaine.

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Depuis plusieurs années, je travaille avec des interprètes d’horizons divers. Cette nouvelle création est une première occasion de réunir ces différentes équipes : danseurs contemporains, artistes de cirque, danseurs hip-hop. Il ne s’agit pas de juxtaposer des compétences - aussi brillantes soient-elles - mais d’inventer un univers commun basé sur le jeu et la fantaisie. La présence des musiciens sur scène est indispensable pour orchestrer et arbitrer les débats : la musique est un partenaire de jeu, elle n’accompagne pas seulement les prouesses dansées, elle les sollicite ou les aiguillonne. Chacun de ces musiciens a déjà largement pratiqué l’exercice toujours ludique et rocambolesque des bals chorégraphiés organisés par la compagnie Propos.

Denis Plassard (conception et chorégraphie)


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Monday 25 October 2010
Les rêves dansants Les rêves dansants
sur les pas de Pina Bausch

Ce documentaire d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann, diffusé en France dans une cinquantaine de salles de cinéma, revient sur l’un des derniers projets que mena Pina Bausch quelques mois avant sa disparition : recréer son spectacle Kontakthof avec des adolescents. Déjà, en 2000, la chorégraphe avait fait représenter cette pièce, créée en 1978, par des amateurs de plus de 65 ans.

Portrait d’adolescents timides, inhibés face au corps de leurs partenaires, qui s’ouvrent au monde grâce à la danse, Les Rêves dansants est le récit d’une aventure artistique lumineuse, et un souvenir émouvant d’une des plus grandes artistes du XXème siècle. En décembre prochain, ce sera au tour du Ballet de l’Opéra de rendre hommage à Pina Bausch avec la reprise du Sacre du Printemps, au Palais Garnier du 10 au 29 décembre 2010.


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Friday 22 October 2010
En vidéo / Ballet de Hambourg
éo Ballet de Hambourg

Invité par l’Opéra de Paris, le Ballet de Hambourg présente Parzival – Episodes et Echo de John Neumeier au Palais Garnier du 12 au 16 novembre. Avec Brigitte Lefèvre, Directrice de la Danse, le chorégraphe nous présente sa lecture très personnelle du mythe de Parsifal, qui est à l'origine de ce ballet.


Friday 15 October 2010
Une nouvelle génération de chefs
à l’Opéra de Paris
Une nouvelle génération de chefs

Le vent du talent et du renouveau souffle sur la Saison 2010-2011 de l’Opéra de Paris. Sous l’impulsion artistique de Philippe Jordan, lui-même nommé Directeur musical par Nicolas Joel, c’est une nouvelle génération de chefs d’orchestre qui débute cette saison au Palais Garnier et à l’Opéra Bastille. Formés par les plus grands chefs actuels dont ils assureront demain la relève, forts d’un répertoire déjà vaste et d’une expérience des plus grandes scènes internationales, Vasily Petrenko, Constantin Trinks, Dan Ettinger, Tomas Netopil et Pascal Rophé partent à l’assaut de Tchaïkovski, Smetana, Mozart, Janacek et Mantovani. Portrait d’une génération déjà montée très haut.

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C’est à Saint-Pétersbourg, dans la plus ancienne école de musique de Russie que Vasily Petrenko a fait ses premières armes, avant d’intégrer le Conservatoire où il a bénéficié de l’enseignement d’Ilya Musin, prestigieux pédagogue qui avait formé avant lui Valery Gergiev et Semyon Bychkov, et participé aux master class de Mariss Jansons, Yuri Temirkanov et Esa-Pekka Salonen. De 1994 à 1997, il est en résidence à l’Opéra de Saint-Pétersbourg où il fait ses débuts de chef. Lauréat du prix Chostakovitch en 2003, il devient en 2005, à l’âge de 29 ans, le plus jeune chef principal de l’histoire du Royal Liverpool Philharmonic (ville dont il est par ailleurs un fervent supporteur footballistique). Très présent sur la scène symphonique internationale, il dirige les plus grands orchestres de la planète, notamment le London Symphony Orchestra, le Russia National Orchestra, le NHK Symphony de Tokyo et fait ses débuts américains avec les orchestres de Los Angeles, San Francisco, Boston, Atlanta, Dallas et Saint-Louis. Côté opéra, il a récemment dirigé Boris Godounov à l’Opéra royal des Pays-Bas, La Dame de Pique au Staatsoper de Hambourg, vient de faire ses débuts au Festival de Glyndebourne dans Macbeth. Il dirigera Carmen à l’Opéra de Zurich. La presse salue la gestique si dynamique et si sûre de ce jeune chef, qui offre au public des interprétations magistrales du répertoire, et tout particulièrement du répertoire russe. Des qualités qu’il a récemment pu montrer au public parisien, qui l’a découvert à l’affiche d’Eugène Onéguine. Dans la mise en scène de Willy Decker, au milieu des vastes plaines du décor de Wolfgang Gussmann, sa direction ample et large a su faire éclore le théâtre contenu dans la musique de Tchaïkovski.
Eugène Onéguine | Opéra Bastille – du 17 septembre au 11 octobre 2010

 

Après avoir étudié dans sa jeunesse le piano et le cor, et chanté dans le Kammerchor de Stuttgart, Constantin Trinks se forme à la direction d'orchestre à l'Académie nationale de musique de Karlsruhe. Il devient l’assistant personnel de Kazushi Ono au Badisches Staatstheater de Karlsruhe sur de nombreuses productions d'opéra, puis de Thomas Hengelbrock (qui lui transmet sa passion pour l’interprétation historique des musiques anciennes) et de Christian Thielemann sur sa production de Tannhäuser au Festival de Bayreuth en 2004. Il a récemment dirigé Don Giovanni au Komische Oper de Berlin et au Nouveau Théâtre National de Tokyo. Depuis 2006, il est Directeur musical du Staatstheater de Darmstadt où il a dirigé de très nombreux opéras, dont Aida, Le Chevalier à la rose, Parsifal, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg et Salomé. En décembre, c’est dans La Fiancée vendue de Smetana, le chef-d’œuvre national tchèque du bonheur et de la joie de vivre, qu’il fera ses débuts au Palais Garnier.
La Fiancée vendue | Palais Garnier – du 4 au 27 décembre 2010

 

A 35 ans, Tomas Netopil, qui mène une impressionnante carrière internationale, peut se targuer d’être moins connu dans sa République tchèque natale que dans le reste du monde. Après avoir étudié le violon et la direction orchestrale en République tchèque puis au Royal College of Music de Stockholm, il remporte le prix Sir Georg Solti de l'Alte Oper de Francfort. Il fait ses débuts symphoniques avec de nombreux et prestigieux orchestres : l'Orchestre de la Suisse Romande, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, le BBC Philharmonic Orchestra, le Sydney Symphony et le Royal Philharmonic de Flandres. En 2006, le Festival de Salzbourg fête les 250 ans de Mozart en présentant les l’intégralité des 22 opéras du compositeur. L’attention du public est retenue par le Lucio Silla de ce jeune chef à la direction enflammée, qui parvient à hisser cette partition de jeunesse à la hauteur des œuvres de la maturité. Dès lors, le talent de Tomas Netopil éclate sur la scène internationale. A l’opéra, il a notamment dirigé Doktor Faust de Ferrucio Busoni au Bayerische Staatsoper de Munich, Les Noces de Figaro au Palau de la Musica de Valence, au Sächsische Staatsoper de Dresde et au Teatro Carlo Felice de Gênes, Fidelio au Teatro San Carlo de Naples et L’Enlèvement au Sérail au Teatro Regio de Turin. En mars prochain, il plongera dans la course vers l’abîme de Katia Kabanova, opéra de Leos Janacek qui compte assurément parmi les plus profonds du XXème siècle.
Katia Kabanova | Palais Garnier - du 8 mars au 5 avril 2011

 

C’est à un spécialiste de la musique contemporaine qu’ont été confiées les destinées d’Akhmatova, la création mondiale de Bruno Mantovani pour l’Opéra national de Paris. Au sortir du Conservatoire, Pascal Rophé a eu la chance d’apprendre la direction musicale aux côtés de maîtres tels que Pierre Boulez ou David Robertson, au sein de l’Ensemble Intercontemporain qu’il dirige régulièrement. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus fins connaisseurs de sa génération du répertoire du XXème siècle. Parmi ses compositeurs de prédilection comptent Luigi Dallapiccola, Henri Dutilleux, Luciano Berio, Pascal Dusapin et Marco Stroppa. A l’opéra, il a dirigé Le Vaisseau Fantôme avec l'Orchestre National d'Ile de France, Héloïse et Abélard d'Ahmed Essyad au Châtelet, Dialogues des Carmélites au Festival de Printemps de Budapest et la création de Médée de Michèle Reverdy à l’Opéra National de Lyon. Il collabore régulièrement avec l’Orchestre National de France, l'Orchestre de la BBC à Londres, l'Orchestre Philharmonique de Liège, l’Orchestre de la Rai de Turin et l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg.
Akhmatova | Opéra Bastille – du 28 mars au 13 avril 2011

 

Lors de la reprise des Noces de Figaro en mai prochain, Philippe Jordan cèdera sa baguette à Dan Ettinger pour diriger la légendaire production de Giorgio Strehler. Diplômé de la Thelma Yellin High School, c’est comme chanteur baryton que ce jeune chef surdoué a commencé sa carrière. Il se produit au New Israeli Opera, enseigne à la Rubin Academy of Music à Jérusalem et à la Tel Aviv University, avant de se destiner à la direction musicale. Dès lors, son ascension est fulgurante. En 1999, il est nommé chef en résidence au New Israeli Opera. En 2002, il devient chef principal invité de l'Orchestre symphonique de Jérusalem. En 2003, Daniel Barenboim l’invite à rejoindre le Staatsoper Unter den Linden de Berlin, où il dirige entre autres L’Elixir d’amour, Aida et Madame Butterfly. En 2005, c’est au tour de Placido Domingo de l’inviter à l'Opéra de Los Angeles, où il fait ses débuts américains en dirigeant Aida. Il est actuellement directeur musical et chef principal de l'Orchestre Symphonique d'Israël, directeur musical et chef principal au Mannheim Nationaltheater et chef désigné de l’Orchestre Philharmonique de Tokyo. La presse unanime a célébré la sensibilité de ce jeune chef qui sait si bien montrer la fragilité des chefs-d’œuvre qu’il dirige : une sensibilité qui devrait faire merveille lors de cette folle journée pleine de gaieté et de mélancolie que sont Les Noces de Figaro.
Les Noces de Figaro (2ème série) | Opéra Bastille - du 13 mai au 7 juin 2011


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Thursday 14 October 2010
Entretien avec Soile Isokoski Entretien avec Soile Isokoski
La soprano interprète La Vie de Marie

Dans le domaine du lied, le chef-d'œuvre d'Hindemith est sans doute La Vie de Marie, cycle monumental, d'après le recueil de poèmes de Rainer Maria Rilke, qui compte parmi les œuvres les plus personnelles du compositeur. Grande soprano d'aujourd'hui, Soile Isokoski est l'une des rares cantatrices de notre temps à s'être approprié cette œuvre épurée et intense. Le 24 octobre à l'Amphithéâtre Bastille, elle en sera l'interprète, accompagnée par Marita Viitasalo, avec qui elle forme depuis plus de dix ans un magnifique duo au service du lied et de la mélodie.

Écouter un extrait de La Vie de Marie (La Naissance de Marie)
© 2009 Ondine Inc., Helsinki


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Vous êtes assurément l’une des plus grandes sopranos lyriques du monde, mais également une interprète de lieder d’exception. En quoi l’expérience du lied diffère-t-elle de l’opéra ?
La scène représente naturellement un défi très particulier pour un chanteur : lorsque l’on est aux côtés d’un orchestre jouant fortissimo, on ne s’entend pas chanter et l’on doit donner plus de volume à sa voix. Si, de plus, on joue au fond de scène, on entend l’orchestre avec un temps de retard. Aussi est-il nécessaire d’observer attentivement le chef d’orchestre. Tout cela est quelque peu déstabilisant. Toutefois, au fil de ma longue carrière à l’opéra, j’ai appris à aimer cette magie de la scène. Lorsque tout est en harmonie, les lumières, les décors, la direction du chef, lorsque les voix se fondent en un véritable dialogue musical, vous vivez une expérience unique. L’univers du lied est tout autre. A chaque pièce, longue ou courte, correspond une petite mise en scène qui se déroule dans un théâtre imaginaire et qui est très importante à mes yeux. Avant de commencer à chanter, je me représente la scène comme un tableau dans lequel je visualiserais les mots du livret, ou comme le chemin qu’emprunterait l’histoire racontée par le lied.

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec La Vie de Marie de Paul Hindemith ?
La façon dont j’ai découvert ce cycle de lieder est plutôt inhabituelle. Avec la grande ballerine italienne Carla Fracci et son époux, le metteur en scène Beppe Menegatti, nous présentions un ballet d’après ce cycle au Festival Fest Maggio Musicale Fiorentino de Florence en 1994. Le spectacle retraçait la véritable histoire d’une juive hollandaise déportée dans un camp de concentration. Pendant que Carla Fracci dansait tout en récitant les poèmes de Rilke mêlés à des lettres écrites par la prisonnière, je me tenais à droite de la scène et chantais l’œuvre en version de concert. Ce spectacle avait connu un immense succès. C’est ainsi que nous avons découvert avec ma pianiste Marita Viitasalo une œuvre que nous devions par la suite inscrire à notre répertoire. Nous avons remporté un succès extraordinaire au Konzerthaus de Vienne et je l’ai récemment chantée au Wigmore Hall de Londres. A plusieurs reprises, nous avons présenté l’ensemble du cycle en Finlande où les auditeurs lui ont réservé un accueil très chaleureux.

D’où vient votre fascination pour cette œuvre ?
La musique d’Hindemith est d’une extrême délicatesse. Elle permet notamment de développer une relation très fine entre la soprano et le pianiste. Je ne peux me contenter de chanter les bonnes notes, mon timbre doit être en harmonie avec celui du piano. L’épaisseur polyphonique vous oblige à explorer, dans chaque air, la verticalité des mélodies : c’est un véritable défi. Plus j’apprends à connaître cette musique, plus l’art de la polyphonie me paraît merveilleux. Quant à la poésie de Rilke, je crois que je pourrais vouer ma vie à la lecture de ces pages sans jamais en épuiser la richesse. Je suis fascinée par la sensibilité de Rilke qui parvient à se glisser dans la peau d’une femme et à comprendre son rôle.

Pourquoi avoir choisi la version revue de 1948 et non la première de 1922/23 ?
C’est cette version que nous avions présentée à Florence en 1994. Par la suite, nous avons pris connaissance de la première version. Nous avons dû admettre qu’Hindemith avait raison lorsque, dans sa préface à la seconde version, il affirmait que chanter la première version était une tâche à peine réalisable pour une cantatrice. Même si la seconde version est plus longue, elle demeure plus agréable car la mélodie y occupe une place plus importante. Je préfère donc m’en tenir à cette version définitive.

Comment situeriez-vous La Vie de Marie dans l’histoire de la musique du XXème siècle ?
Je considère pour ma part que ce cycle fait partie des œuvres majeures de son temps : c’est un classique, fût-ce un classique oublié, que je défendrai toujours. Même si, par leur difficulté, ces lieder représentent à chaque fois un nouveau défi pour Marita Viitasalo et pour moi-même, nous sommes à chaque fois séduite par les enchantements de cette œuvre grandiose.

Lors de vos récitals de lieder, vous êtes toujours accompagnée de Marita Viitasalo. Y a-t-il derrière ce choix une conviction artistique ?
J’ai fait la connaissance de Marita Viitasalo lorsque j’étais encore étudiante. Elle accompagnait le baryton finlandais Walton Grönroos lors d’un concert de lieder. J’ai tout de suite pensé que nous pourrions collaborer ensemble. Par la suite, j’ai obtenu des engagements où je devais remplacer des artistes au pied levé. Marita Viitasalo a toujours été disponible et nous avons appris à nous comprendre à demi-mot. La confiance et la complicité que nous avons développées tout au long de notre carrière est extrêmement importante, surtout lorsque l’on s’immerge dans des lieder qui sont des moments musicaux empreints d’une forte intimité

Entretien réalisé par Susanne Schaal-Gotthardt pour la revue Hindemith Forum (2009)
Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur


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Keywords : Toute l'actualité
Friday 08 October 2010
Video/ Excerpts from Il Trittico
Three visions of death
éo Triptyque

Discover the first excerpts of Puccini's Il Trittico, on the bill at the Opéra Bastille from October 4th to 27th in a production staged by Luca Ronconi. Three operas in the space of an evening all focus on the same powerful theme: our vision of death…