Roméo et Juliette à l'Opéra Bastille
Sur la partition de Berlioz, Sasha Waltz propose
une version puissante et imagée du mythe des amants sacrifiés de Vérone.
Reprise attendue du 7 au 20 mai 2012 de ce Roméo et Juliette
intemporel, avec les interprètes de la création, Aurélie Dupont et
Hervé Moreau qui, après une longue absence, retrouve la scène de
l’Opéra. Entretien avec les deux Étoiles.
En Scène ! : Roméo et Juliette est repris pour la première fois depuis sa création en 2007, quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Sasha Waltz?
Aurélie Dupont
: Nous avons eu la chance d’aller à Berlin, dans les studios de
répétitions de la chorégraphe, pour travailler. Etre immergés dans son
univers, avec les danseurs de sa compagnie, était le meilleur moyen
d’observer et de s’imprégner de son style. La création a commencé sur
place avant de se poursuivre à l’Opéra. Sasha avait une énergie
incroyable, elle dansait avec nous, essayait, retirait si cela ne
fonctionnait pas, recommençait…
Hervé Moreau
: Je n’avais jamais connu auparavant ce processus de création qui
consiste à proposer, à concevoir du début à la fin. Je me souviens de la
première séance de travail : j’étais seul avec Sasha, on a échangé
quelques mots puis elle m’a dit : « Je voudrais voir comment tu bouges.
Improvise. » Sans musique, sans rien… Elle m’observait danser.
A. D.
: Le travail de Sasha repose beaucoup sur l’improvisation. Elle nous a
laissés chercher seuls la scène de la mort, par exemple, pour laquelle
nous lui avons fait des propositions qu’elle n’a pas retouchées. La
scène du repas est aussi née d’une improvisation, plus théâtrale, avec
l’ensemble de ses danseurs.
H. M. :
Elle avait une idée très claire de la mise en scène et du décor. Pour la
chorégraphie, elle laissait faire sans nous donner d’indications
précises. Elle nous suggérait quelques mouvements puis elle attendait de
voir comment on allait s’en sortir, ce que l’on allait lui proposer
spontanément.
En S. : Quelles seraient les caractéristiques de son style chorégraphique?
H. M. :
Une grande fluidité, une liberté dans le mouvement. Les ateliers de «
danse contact » nous ont familiarisés avec cette technique dans
laquelle les corps interagissent entre eux. On se laisse aller, guidés
par l’énergie des autres, les déséquilibres qui surgissent.
A. D.
: Sa danse a quelque chose de très naturel, sans contraintes, sans
lignes particulières. La « danse contact » repose sur une écoute
attentive de l’autre, sans jamais entrer dans un rapport de force.
H. M.
: Contrairement au ballet classique où tout est réglé en studio, il y a
une forme d’inconnue permanente. Certains soirs, je laissais faire
Aurélie, afin de voir jusqu’où elle allait dans son mouvement, sans
mettre de limites.
En S. : Vous qui avez dansé d’autres versions de Roméo et Juliette pouvez-vous nous parler de l’interprétation proposée par Sasha Waltz?
A. D. : Sasha ayant choisi la partition de Berlioz, cela permet de faire complètement autre chose. Mon personnage reste Juliette mais avec peut-être un côté plus innocent, plus enfantin, plus spontané, comme si elle ne se rendait pas compte de ce qui l’attend.
H. M. : La
partition de Berlioz ne suit pas littéralement l’histoire dramatique,
beaucoup de passages sont coupés, certains personnages n’apparaissent
même pas. Sasha a conçu un ballet intemporel portant sur la relation
entre les gens. Elle propose des images, des évocations symboliques qui
parlent à chacun différemment.
Propos recueillis par Inès Piovesan
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