Hommage à Xenakis
à l'Amphithéâtre Bastille
Le 2 février 2011 il y aura presque dix ans que Iannis Xenakis nous a quittés. La Saison Convergences et l’ensemble Solistes XXI ont résolu de lui rendre hommage à l'Amphithéâtre Bastille. Si ce compositeur est principalement connu pour ses grandes œuvres instrumentales ou orchestrales, pour ses « événements » faisant appel à l’électronique, aux sons de synthèse et aux effets visuels laser, une part importante de son œuvre est toutefois consacrée à la voix: plus du quart de son répertoire en nombre de titres (37 sur 140) et probablement le tiers en terme de durée.
Les effectifs y sont variés et les techniques employées, des plus traditionnelles aux plus inventives, ont une caractéristique commune : elles sont au service de la profération, et sollicitent l’engagement de l'interprète. Le traitement de la voix, quasi instrumental, utilise de manière quasi animale phonèmes, gutturalité, sonorités violentes, déchirant le texte – quand il existe –, souvent disloqué pour mieux faire ressortir son sens profond qui nourrit la musique même. Ce mélange de modernité dans la forme et de tradition dans l’attitude théâtrale de l’interprète, de langage très élaboré mais qui exige de la part du chanteur une attitude « sauvage », cette écriture raffinée qui semble parfois consigner l’improvisation apparemment la plus brute – voire la plus brutale –, ce constant appel à l’humanité au travers de sonorités inhumaines, cette recherche de la beauté de l’âme à travers des formes agressives et non consensuelles, voilà ce qui séduit et choque tout à la fois, qui fait de l’auteur une personnalité qui s’adresse largement à notre temps, au-delà du seul public des mélomanes, temps interrogé, supplicié, mais aussi héritier de la culture de nos ancêtres méditerranéens comme comptable de leurs turpitudes.
Rachid Safir













