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Tout savoir sur l'oeuvre
 
La Troisième Symphonie de Gustav Mahler
Gustav Mahler commença à composer sa Troisième Symphonie durant l’été 1895 à l’âge de trente-cinq ans, et l’acheva un an plus tard, en 1896. Il écrivit cette oeuvre monumentale - l’une des plus longues symphonies jamais composée - durant deux brèves périodes estivales. L’exécution de l’oeuvre complète n’eut lieu que six ans plus tard, en 1902 à Krefeld et connut un succès retentissant. Sa musique se distingue précisément de celle de ses contemporains par sa diversité formelle, par le fait qu’elle n’évolue pas dans les limites d’une catégorie définie de langage mais en utilise plusieurs. Ses symphonies ne se cantonnent pas au langage évolué de la musique classique, comme c’est habituellement le cas ; elles font également appel au dialecte de la musique populaire et même au langage de la musique dite ordinaire, tombée en disgrâce ou simplement jamais enseignée. La Troisième Symphonie en est l’illustration presque provocante. Chacun des six mouvements possède en effet son propre langage musical : le premier mouvement adopte le ‘jargon’ de la musique militaire, en intégrant toutefois le langage un peu plus évolué de la marche funèbre ; le second mouvement fait place à la musique bourgeoise classique des salles de concert ; le troisième mouvement introduit la musique des classes inférieures, celle des gens humbles ; le quatrième mouvement évoque le langage musical religieux et celui de la musique populaire qui lui est proche ; le cinquième mouvement fait intervenir la musique enfantine. Quant au dernier et sixième mouvement, il se situe au-delà des sphères musicales, empruntant un langage qui réunit à parts égales forme évoluée et populaire. La Troisième Symphonie est certainement l’oeuvre la plus optimiste de Mahler. Il est probable que cet optimisme soit le reflet de ses expériences personnelles - c’est à cette époque en effet que Mahler connaît ses premiers grands succès – mais elle parvient également à saisir une atmosphère générale ; cette époque brillante a aussi pu provoquer chez le compositeur une certaine exaltation, d’autant plus que le développement des forces progressistes à la même période contribuait à renforcer dans la population l’espoir de jours meilleurs. La Troisième Symphonie de Mahler apparait ainsi comme l’expression d’un idéal. Elle prend naissance avec le premier mouvement comme le départ d’un processus, connaît son développement thème après thème dans les mouvements suivants, pour trouver son accomplissement dans le final. Mahler a lui-même exprimé cette idée dans une lettre où il déclarait que sa 5 troisième symphonie était « un poème musical englobant toute les étapes de la Création selon une ascension progressive qui commence par l’univers minéral pour culminer avec l’amour divin ».
Dieter Schnebel - extrait de Un langage musical fortement diversifié (programme du Ballet de Hambourg)

La chorégraphie
C’est peut-être l’aspect paradoxal de la musique de Mahler qui me séduit tant, un paradoxe qui à mon sens s’apparente au principe fondamental de la danse. La danse utilise en effet le corps humain comme un instrument, le faisant évoluer dans un ensemble organisé pour l’élever à un niveau métaphysique ou spirituel et atteindre une dimension surhumaine. En tant que spectateur, je vois sur la scène un être humain qui marche, effectue des sauts, retombe sur ses pieds … et je peux parfaitement ressentir ces mouvements parce que moi aussi je sais marcher, faire des sauts, retomber… J’ai conscience de leur signification sur les plans physique, psychique et émotionnel. Je peux donc m’identifier au danseur, puisque je possède le même outil d’expression et suis par conséquent capable d’évaluer les qualités physiques et le sens métaphysique de ses figures et mouvements. Il en va de même avec la musique de Gustav Mahler. Le compositeur nous entraîne grâce à elle dans des univers qui nous sont familiers car ils s’inscrivent au plus profond de nous. Quelquefois, il commence par nous séduire à travers des mélodies somme toute banales (des valses, des ländler, etc.) et appréciées de tous, mais il les utilise comme des ponts permettant d’accéder à un niveau métaphysique. Voilà ce qui me fascine chez Mahler.
John Neumeier