Vendredi 25 avril 2014
Voyage dans le temps : soirée Balanchine/Millepied
par Brigitte Lefèvre
Brigitte Lefèvre revient sur une programmation guidée par la musique. Du choix des oeuvres aux chorégraphes, George Balanchine et Benjamin Millepied, qui font preuve chacun à leur manière d’une sensibilité particulière à la musicalité.
Depuis plusieurs saisons, Philippe Jordan et moi-même partagions le désir qu’il puisse diriger un programme avec le Ballet de l’Opéra. Ce souhait s’est conjugué à l’envie de remonter Daphnis et Chloé dans une nouvelle chorégraphie et scénographie, ballet qui n’a pas été présenté depuis plusieurs années. Ce contexte a retenu l’attention de Philippe Jordan et j’en suis heureuse car j’ai pour lui une grande admiration. J’ai également souhaité lui proposer la Symphonie en ut de Georges Bizet qui fut chorégraphiée par George Balanchine en 1947, sous le titre Le Palais de cristal, tout spécialement pour le Ballet de l’Opéra de Paris*. Christian Lacroix, qui a déjà travaillé avec la Compagnie, notamment pour la création de La Source de Jean-Guillaume Bart, assure la conception des nouveaux costumes. Parmi ses multiples talents, il a cette connaissance et cette aptitude à inventer la beauté. En ce qui concerne la chorégraphie de Daphnis et Chloé, j’ai souhaité la proposer à Benjamin Millepied dont la danse est à la fois fluide et contrastée. Il sait maîtriser la technique classique et aller vers un langage plus personnel pour continuer à faire vivre aujourd’hui cette partition écrite en 1912 par Maurice Ravel. C’est en quelque sorte un voyage dans le temps.

Benjamin Millepied est particulièrement sensible à la musique et peut, de ce point de vue, être associé à Balanchine, cet immense chorégraphe, fondateur du New York City Ballet, où Benjamin a lui-même été soliste.

Daphnis et Chloé a déjà fait l’objet de plusieurs versions, notamment en 1959 par George Skibine dans les décors et costumes de Marc Chagall qui étaient tout à fait adaptés au Palais Garnier et qui restent encore gravés dans les mémoires. Pour cette création, j’ai proposé à Daniel Buren d’imaginer la scénographie. J’apprécie son oeuvre depuis longtemps et je sais qu’un artiste tel que lui peut s’approprier le grand espace du plateau de l’Opéra Bastille où sera créé ce ballet.

Philippe Jordan, le directeur musical de l’Opéra, et Benjamin Millepied, qui sera le futur directeur de la danse, sont réunis grâce à cette création. Cela me touche et me paraît, dans un certain sens, de bon augure pour la suite. Cela souligne aussi à quel point la relation entre la musique et la danse règne dans ce programme, renforcé par l’esthétisme d’un artiste comme Daniel Buren. Cette soirée réunit des collaborateurs exceptionnels et j’espère que la rencontre entre chorégraphie, musique et arts plastiques sera particulièrement stimulante pour les Étoiles et danseurs du Ballet de l’Opéra.

Propos recueillis par Inès Piovesan
Retrouvez cet artcile dans En Scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris

* Balanchine a créé une nouvelle version du ballet pour la Ballet Society en 1948 sous le titre Symphony in C.
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