Lundi 20 mai 2013
Voyage au bout du Ring
entretien avec Philippe Jordan

Diriger La Tétralogie dans son intégralité : voilà bien l'une des expériences les plus fantastiques que peuvent vivre un chef et son orchestre. Alors qu'il s'apprête à boucler le Ring en beauté, par Le Crépuscule des dieux, qu'il dirigera à l'Opéra Bastille du 21 mai au 16 juin, mais également par un festival Ring qui s'annonce flamboyant, entretien avec Philippe Jordan... (photo : © Charles Duprat / OnP)

 

Que représente pour un chef l'intégralité du Ring ?

Philippe Jordan : Le Ring dans son entier est l'achèvement du rêve de Richard Wagner. On peut évidemment programmer - et, de fait, on programme - le Ring par épisodes. Mais certains volets - Siegfried et surtout Le Crépuscule des dieux - ne font sens que pris dans l'intégralité du cycle. À Paris, nous nous étions fait un devoir de monter ce Ring : voilà près de quarante ans que l'on n'avait pas relevé ce défi, et La Tétralogie n'avait jamais été donnée à Bastille. Pour l'Opéra, c'était une chance : un vaste projet qui rassemblerait toutes les équipes, toutes les forces vives de la Maison. Pendant près de six mois, nous avons été unis autour d'une grande aventure commune, nous avons vécu ensemble la tension dramatique de cette oeuvre gigantesque. Enfin, La Tétralogie permet de suivre le développement artistique de Richard Wagner : de L'Or du Rhin - qui regarde encore du côté du Vaisseau fantôme - au Crépuscule des dieux - déjà tourné vers Parsifal -, ce ne sont pas moins de vingt-cinq années de la vie du compositeur que nous vivons : un parcours musical, poétique, émotionnel, politique et philosophique. On ne peut rêver avoir rapport plus intime avec Wagner qu'à travers La Tétralogie.


Comment l'orchestre a-t-il évolué au fil de cette aventure ?

Philippe Jordan :  C'est une formation d'excellence que j'ai dirigée dès L'Or du Rhin en 2010. Mais il est extrêmement touchant pour moi de voir la façon dont ma relation avec lui s'est développée, comment nous sommes rentrés de plus en plus dans la sonorité et le style de cette musique, puis comment nous avons laissé le cycle pour le reprendre deux ans plus tard avec les mêmes musiciens, ayant moi-même été modifié par mon passage à Bayreuth l'été dernier. Je suis ému, lorsque j'observe la complicité entre les musiciens et les chanteurs, quand je les vois se passer les textes... Il y a désormais dans notre travail comme une évidence naturelle. Et c'est sur ces bases, sur cette évidence naturelle, que l'on peut construire pour aller plus loin.


Après le Ring, quels sont les prochains défis que vous relèverez ?

Philippe Jordan : Il est vrai que le Ring est un sommet et qu'il n'est pas facile de venir après. C'est la question que se sont posé quelques générations de compositeurs : que faire après Richard Wagner ? Pour ma part, il me semble très intéressant de continuer un travail par cycles, dans le lyrique comme dans le symphonique. Je me réjouis que, dès la saison prochaine, nous ayons la possibilité de développer une saison de concerts conséquente et ambitieuse, avec notamment Strauss - qui représente d'une certaine façon l'après-Wagner - mais aussi la musique française avec Daphnis et Chloé, sans oublier les chefs invités...



Propos recueillis par Christophe Ghristi
Directeur de la dramaturgie de l'Opéra de Paris
Retrouvez cet entretien dans En scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris

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