Samedi 28 Août 2010
Un automne avec Hindemith

Avant que Mathis le peintre ne fasse son entrée au répertoire au mois de novembre, l’Opéra vous propose dès la rentrée quatre premiers rendez-vous avec Paul Hindemith, créateur essentiel du XXe siècle. Des œuvres rarement entendues par de grands interprètes à l’Amphithéâtre Bastille ainsi qu’au Palais Garnier.

 

Paul Hindemith est l’un des rares créateurs à avoir abordé tous les genres et à y avoir excellé. Du piano à toutes les combinaisons possibles d’instruments, de l’alto seul (son instrument fétiche) à la symphonie, du lied à l’opéra, Hindemith a composé nombre d’œuvres majeures, hélas rarement jouées. Et Hindemith fut son propre interprète, devant l’orchestre comme à l’alto. Ses enregistrements sont d’ailleurs sans cesse réédités, de même que ses interprétations de Beethoven, Bruckner ou même de L’Orfeo de Monteverdi. Mais rappelons que ces mêmes œuvres furent défendues par des interprètes comme Karajan, Klemperer, Bruno Walter ou Wolfgang Sawallisch, Sviatoslav Richter, Glenn Gould, David Oistrakh ou Dietrich Fischer-Dieskau. En parallèle aux représentations de Mathis le peintre, l’Opéra de Paris vous invite donc à découvrir le continent Hindemith.


L’exploration commencera à l’Amphithéâtre avec les pianistes Jonas Vitaud et Juliana Steinbach, tous deux brillants chambristes. Ils vous feront découvrir deux très belles sonates, l’une pour deux pianos, l’autre à quatre mains. Ils rendront également hommage à Henri Dutilleux – dont le ballet Le Loup est interprété en même temps au Palais Garnier par le Ballet de l’Opéra - en jouant sa Sonate pour piano de 1947 et les Figures de résonances de 1964, deux œuvres grandioses.

Dans le domaine du lied, le chef-d’œuvre d’Hindemith est sans doute le cycle monumental Das Marienleben (La Vie de Marie), d’après le recueil de poèmes de Rainer Maria Rilke, publié en 1912. Composé au début des années 1920, profondément remanié à partir de 1935 et publié dans une nouvelle version en 1948, ce cycle est l’une des œuvres les plus personnelles d’Hindemith, une œuvre profondément mystique et d’une rare puissance visionnaire. Avec les mots sublimes de Rilke, le cycle retrace la vie de la Vierge Marie depuis sa naissance jusqu’à sa mort et son Assomption, évoquant également l’Annonciation, la naissance du Christ, la fuite en Egypte, les Noces de Cana et la Crucifixion. La soprano finlandaise Soile Isokoski est l’une des rares cantatrices de notre temps – avec Gundula Janowitz ou Karita Mattila – à s’être appropriée cette œuvre épurée et intense. Grande soprano d’aujourd’hui, Soile Isokoski a notamment chanté à l’Opéra de Paris la Comtesse des Noces de Figaro, Desdemona et la Maréchale du Chevalier à la rose. Avec Marita Viitasalo, elle forme depuis plus de dix ans un magnifique duo au service du lied et de la mélodie, comme l’a encore prouvé leur récital au printemps dernier au Palais Garnier. Elles ont récemment enregistré ce chef-d’œuvre de Hindemith pour la firme finlandaise Ondine.


Au Palais Garnier, ce sont les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra qui officieront lors des deux premiers salons musicaux de la saison. Voici l’occasion pour les vents de l’Orchestre de jouer des œuvres brillantes et parfaitement écrites pour leurs instruments. Aux côtés de l’Octuor pour vents et cordes et de la Kleine Kammermusik, ils interprèteront également des œuvres de Robert Schumann : le troisième et dernier quatuor à cordes – sans doute le plus beau des trois – ou encore les poétiques Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano. Ernst Krenek, contemporain autrichien d’Hindemith, sera présent grâce à son Alpbach-Quintett.

Christophe Ghristi

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