Vendredi 5 avril 2013
Un air de résistance à l'Opéra
Dimanche 7 avril à 22h sur France 5

Pendant l’Occupation, le Palais Garnier a été le théâtre d’activités de résistance qui se sont jouées à huis clos, juste en face du siège parisien de la Kommandantur. Les acteurs de cette histoire : les machinistes et les musiciens. Retour sur le combat de l’ombre de ces anonymes lors d'un documentaire diffusé ce dimanche sur France 5.

 

14 juin 1940. Les troupes du IIIe Reich entrent dans la capitale française désertée par les ministres et les parlementaires. Très vite, la Kommandantur prend ses quartiers à côté du Palais Garnier. « Les nazis voient dans l’Opéra un outil formidable de dramaturgie politique, analyse l’historien Aurélien Poidevin. Ils sont donc extrêmement regardants sur l’Opéra, qui entre dans le giron du ministère de la Propagande et qui est une activité particulièrement surveillée. » Emblème de la culture et du prestige, le Palais Garnier est d’ailleurs le premier bâtiment que visite Hitler lors de son séjour à Paris. Car, plus qu’un moyen de divertir les troupes, les Allemands y voient surtout un lieu de rencontre avec les autorités françaises leur permettant de mieux asseoir leur domination.

 

« Le Palais Garnier, c’est d’abord, pour les nazis, et Hitler en premier lieu, le bijou qu’ils convoitaient, raconte Guy Krivopissko, le conservateur du musée de la Résistance nationale. Mais la compromission des élites françaises est aussi à l’ordre du jour. Et c’est donc dans les mondanités organisées autour des grandes représentations des ballets de l’Opéra que se retrouvent les élites françaises et allemandes en charge de la politique de collaboration. »
Pourtant, des agendas professionnels ainsi que des notes dactylographiées et manuscrites découverts récemment apportent un éclairage nouveau sur le quotidien des employés de l’Opéra entre 1940 et 1944. Car, dans les coulisses du palais, la résistance s’organise. Sous la houlette du secrétaire général de l’organisation syndicale des machinistes, Jean Rieussec, un groupe de techniciens met en place une lutte revendicative contre les nouvelles directives de Vichy. « La singularité de l’Opéra, c’est qu’il y a des responsables clandestins de l’activité syndicale et politique, qui mènent une activité avec le syndicat officiel comme façade », explique l’historien Guy Hervy. De leurs côtés, des membres de l’orchestre, comme le chef Roger Désormière ou la chanteuse Irène Joachim, dénoncent, sous l’impulsion du Front national de la musique, la neutralité de l’art encouragée par Vichy. « Sur des bases de refus d’une régression sociale, ils vont coordonner et penser en petits groupes une stratégie d’éveil et de propagande auprès des collègues. Et c’est les mêmes qui, durant toute la guerre, vont structurer et organiser les différentes formes de résistance des personnels à l’Opéra », ajoute Guy Krivopissko. Revendications sociales incessantes, publication et diffusion de journaux et de tracts clandestins, aide aux employés juifs et aux réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), évasion de prisonniers de guerre, collecte de fonds pour soutenir les familles de prisonniers, composition et enregistrement de musiques interdites, participation aux combats de la Libération… Une lutte dans l’ombre menée par des anonymes qui méritaient d’être enfin sortis de l’oubli.

Amandine Deroubaix

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