Lundi 31 octobre 2011
Trois questions à Sophie Koch
Récital à l'Amphithéâtre vendredi 4 novembre 2011

Éblouissante Vénus de Tannhäuser à l'Opéra Bastille, Sophie Koch sera à l'Amphithéâtre le 4 novembre prochain pour un récital en compagnie du pianiste François-Frédéric Guy. Entretien entre deux actes.

 

PARALLÈLEMENT À TANNHÄUSER SUR LA SCÈNE DE L’OPÉRA BASTILLE, VOUS CONSACREZ À L’AMPHITHÉÂTRE UN RÉCITAL À WAGNER ET À LISZT : DEUX CADRES TRÈS DIFFÉRENTS...
Je vais vous surprendre : il est pour moi beaucoup plus impressionnant de chanter dans une petite salle, sans mise en scène, tout proche du public, que sur la grande scène de Bastille. À l’opéra, le public est lointain : c’est une entité.

À l’Amphithéâtre, en revanche, ce sont des individus que je vois sourire, être absorbés, écrire même : lors d’un concert, il m’a semblé voir un journaliste écrire sa critique en direct (rires). Mais il faut dépasser cette timidité qui nous pousserait à vouloir chanter derrière le rideau. Passée l’appréhension, il est très agréable d’apprivoiser cet espace intime, de voir les spectateurs recevoir la musique. Le récital me permet de m’isoler avec de courtes pièces qui présentent une palette de couleurs particulièrement riche. Je peux m’attacher à des sons que le public ne percevrait  pas sur une scène d’opéra.

LISZT AU PIANO EST VIRTUOSE ET DÉBORDANT. QUELLE PLACE MÉNAGE-T-IL AU TEXTE ET À LA VOIX DANS SES MÉLODIES ET LIEDER ?
Lorsque je chante ses mélodies sur des poèmes de Victor Hugo, j’oublie que Liszt n’est pas français, tant sa prosodie est naturelle, tant sa musique se marie harmonieusement au texte dont elle souligne les mots essentiels. Quant à ses lieder, il sait y créer des atmosphères particulièrement envoûtantes. C’est frappant dans les grandes fresques comme la Lorelei, d’après le poème d’Heinrich Heine, un lied dramatique avec une partie récitatif très importante. Dans cette légende de la nymphe qui charme les marins, on a l’impression de voir le Rhin, de sentir l’eau... Comme dans les lieder les plus accomplis de Schubert, on est ici plongé dans une véritable petite scène d’opéra. À ceci près que je ne joue pas. Je dirais plutôt que je suis peintre : j’utilise des couleurs pour peindre un paysage. Tout l’art du lied est là : en quelques mesures, en quelques sons, créer un univers, faire un voyage avec le public. J’ai pour cela la chance de travailler avec des pianistes comme François-Frédéric Guy, Nelson Goerner ou Bertrand Chamayou. Ce sont des amoureux du chant qui savent accompagner la voix sans jamais la couvrir. Sur scène, nous sommes dans le même univers.

À LA FIN DU RÉCITAL, VOUS RETROUVEZ WAGNER POUR LES WESENDONCK-LIEDER : L’UNE DES RARES OCCASIONS DE SA CARRIÈRE OÙ LE COMPOSITEUR AMOUREUX S’ESSAYA AU LIED...
Ces mélodies ont un caractère très intime. L’accompagnement au piano leur donne un aspect nu, diaphane. Que les textes ne soient pas de Wagner, mais de Mathilde Wesendonck, n’est pas la moindre de leurs singularités. En les chantant, il me semble sentir la main de l’amante : ce style quelque peu apprêté, ces métaphores surprenantes, cet univers irrationnel. Mais la musique de Wagner sait parfaitement mettre en valeur cette poésie qui n’est pas d’un poète : de la part d’un compositeur qui tenait tant à écrire les livrets de ses opéras, on imagine que c’était un immense cadeau qu’il lui faisait, une déclaration d’amour. Pour autant, les Wesendonck-Lieder ne sont pas coupés du reste de son œuvre : ils contiennent en germe une vision de l’amour et des thèmes musicaux qui seront développés dans Tristan et Isolde, des rythmes qui seront repris dans Parsifal. Ce sont de petits chefs-d’œuvre dans la carrière de Wagner.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SIMON HATAB

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