Vendredi 17 mai 2013
Symphonies pour l'au-delà (1)
Mahler et Chostakovitch

Emmené par Philippe Jordan, directeur musical de l'Opéra, l'orchestre continuera sa saison symphonique le 28 mai avec deux titans de la musique du XX siècle : Mahler et Chostakovitch. 


La mort est chez Mahler une impression obsédante qui le ronge toute sa vie durant. L'intuition propre à sa sensibilité d'artiste la lui fait percevoir dans des manifestations du quotidien qu'il traduit en musique. Chant du cygne d'une production auréolée de ces funestes présages, sa dixième symphonie reste inachevée. Alors qu'il l'avait esquissée dans son entier, la mort tant redoutée le frappa, ne lui laissant que le temps d'orchestrer l'Adagio. La structure envisagée pour cette ultime oeuvre devait la rapprocher de sa septième symphonie et faire alterner Adagio, Scherzo, Purgatorio, Scherzo et Finale. Des mouvements dont Mahler annota la portée, des événements du douloureux été 1910. La découverte de la liaison de Gropius et sa femme, la culpabilité éprouvée face à cette dernière et la violente passion qu'il lui voue sont autant d'émotions cristallisées dans le rutilant accord dissonant ; cri d'agonie d'un homme meurtri au crépuscule de sa vie.

 

Comme chez Mahler, la mort nourrit abondamment l'oeuvre de Chostakovitch ; notamment ses dernières productions, dont l'esthétique funeste prend racine dans les conflits intérieurs et politiques auxquels il faisait face. OEuvre qui ne suit en rien les formes compositionnelles classiques, sa treizième symphonie, dite Babi Yar, met en musique des poèmes d'Evtouchenko où l'humour noir défie le pathos né de l'hommage rendu aux victimes du second conflit mondial. Babi Yar est en effet un ravin de la banlieue de Kiev où les nazis abattirent en septembre 1941 des milliers de Juifs et de prisonniers. Donnant également son nom au premier mouvement, le poème-titre introduit une basse dont la voix s'élève du tapis de peurs et de douleurs, tissé en continu par la dramatique partition du choeur.


 

 

Marion Mirande

Retrouvez l'intégralité de cet article dans En scène !

Le journal de l'Opéra de Paris

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