Samedi 16 mars 2013
Printemps symphonique
Concerts à l'Opéra Bastille

En mars s'ouvre la saison symphonique de l'Orchestre : un concert consacré à Bruckner le 23 mars, l'autre à Beethoven et Strauss le 28 mars, tandis qu'au pupitre se succèdent le chef russe Semyon Bychkov et le directeur musical de l'Opéra, Philippe Jordan.

 

Avec la Symphonie n° 8 d'Anton Bruckner, l'Opéra met à l'honneur l'un des compositeurs les plus attachants et les plus controversés du xixe siècle. Au sein de son œuvre symphonique fortement imprégnée des influences de Beethoven et de Wagner, la huitième est assurément la plus monumentale. Trois années de labeur furent nécessaires pour édifier cette vaste fresque qui suffit à remplir une soirée de concert (ses remaniements absorberont le compositeur au point qu'il ne pourra achever la neuvième). Sans doute aussi la plus introspective : comment ne pas voir dans sa substance musicale travaillée par des forces contraires une mise en abyme de l'existence du compositeur ? D'abord célébré pour ses talents éblouissants d'organiste, Bruckner connut une gloire plus tardive en tant que compositeur et dut se battre pour affirmer son génie face à une critique virulente qui ne le comprenait pas : au point qu'il fut plusieurs fois tenté de taire sa musique pour faire taire ses critiques. Mais cette ultime symphonie transcende les forces de l'ombre avec une puissance jusqu'alors inouïe dans l'œuvre : la ferveur du finale emporte les doutes et les angoisses passés.


« Je ne connais qu'un homme qui approche de Beethoven, déclarait Richard Wagner : c'est Bruckner. » C'est donc tout naturellement qu'après Bruckner, le second concert donne à entendre Beethoven, sous la direction musicale de Philippe Jordan. Composé en même temps que la symphonie Eroica, le Triple concerto fut créé à Vienne en 1807 et dédié au Prince Lobkowitz, mélomane et mécène du compositeur. La pensée musicale de Beethoven, on le sait, se satisfaisait peu des cadres prédéfinis et tentait toujours de pousser les murs du classicisme. Avec ce Triple concerto, le compositeur crée une forme inédite, qui entend synthétiser le concerto traditionnel - dialogue du soliste avec le tutti de l'orchestre - et la forme du trio de musique de chambre (d'où le climat plus intimiste du premier mouvement).


Ce Triple concerto est suivi de Ein Heldenleben (Une Vie de héros). C'est un Richard Strauss encore jeune qui compose ce poème symphonique (alors son genre de prédilection, avec le lied). Il y a dans tout poème symphonie la volonté affirmée par le romantisme, Liszt en tête, de dépasser l'abstraction de la musique pour lui faire raconter une histoire. Cette histoire, c'est ici celle du héros, de ses adversaires, de sa compagne, de son combat, de ses oeuvres de paix et enfin de sa retraite. Derrière la trajectoire en six mouvements de cet homme dont la bravoure triomphe de toutes les épreuves se profile le débat sur l'idéalisme qui anima le xixe siècle... Mais ce héros, c'est aussi et surtout Strauss lui-même : un portrait symphonique et rêvé de l'artiste aux prises avec les avanies de l'existence jusqu'au triomphe. En attestent les nombreuses autocitations qui émaillent la partition : dans la cinquième partie, notamment, résonnent les échos des autres poèmes symphoniques de Strauss ( Don Juan, Zarathoustra, Mort et transfiguration, Don Quichotte ...). Comme si, à 34 ans, était venue l'heure de se retourner sur son passé, de tirerun trait sur un genre qui lui avait jusqu'alors assuré le succès en vue de nouveaux défis (dont l'opéra n'est pas le moindre)... Aujourd'hui qu'on ne croit plus guère aux héros, la musique de Strauss n'enconserve pas moins son irrésistible puissance...


Deux jours plus tard, l'Orchestre de l'Opéra met le cap sur Aix-en-Provence, où il interprète ce programme dans le cadre de la première édition du Festival de Pâques.

 

 

Simon Hatab

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