Le studio de répétition Petipa au Palais Garnier. © Patrick Tourneboeuf/OnP
Jeudi 3 avril 2014
Nouvelle vague
Soirée Jeunes Danseurs
Rendez-vous régulier, la soirée « jeunes Danseurs » est l’occasion pour les artistes du Corps de Ballet de briller sur scène dans des rôles de solistes. Un programme pensé et élaboré dans un échange permanent entre Brigitte Lefèvre et Élisabeth Platel. Entretien.
Depuis quand le programme « jeunes danseurs » est -il proposé par l’Opéra national de Paris ?
Élisabeth Platel : C’est Raymond Franchetti, Directeur de la Danse de 1972 à 1977, qui, le premier, a organisé ces spectacles.
Brigitte Lefèvre : Et c’est ensuite devenu une tradition, qui s’est poursuivie assez régulièrement sous les différentes directions de la Danse.

Dans quel but est-il organisé ?
Brigitte Lefèvre :Ses finalités sont multiples : certains jeunes danseurs, dans le cadre de l’École de Danse, ont parfois des rôles très intéressants et assez importants. Or, lorsqu’ils entrent dans le Corps de Ballet, ils n’ont que très rarement l’occasion, au début, de se produire comme solistes. J’ai toujours souhaité que le maximum de nos artistes puisse s’exprimer : cette occasion leur est donnée avec le programme « Jeunes danseurs ». C’est aussi le moyen de les montrer dans des rôles auxquels ils pourront prétendre plus tard dans leur carrière. Ensuite, c’est une question d’équilibre entre les différents programmes, ceux de l’École et ceux de l’Opéra. Il existe une relation organique entre l’École et le Ballet, profitable à l’un comme à l’autre. Élisabeth Platel dirige l’École de Danse de l’Opéra depuis maintenant dix ans : aussi, la plupart des « jeunes danseurs » d’aujourd’hui sont-ils ses anciens élèves, ou tout du moins ont-ils achevé leur scolarité avec Élisabeth. Nous avons des regards croisés : au-delà des fonctions que nous occupons, nous discutons, échangeons et regardons ensemble les élèves et les danseurs qu’ils sont devenus. On se doit de communiquer nos impressions pour créer quelque chose d’évolutif. Nous sommes indépendantes de par nos fonctions, mais dans un dialogue constant, au service de la danse et de son évolution, et non pas dans la confrontation de désirs contradictoires.

Peut-on parler alors du spectacle « jeunes danseurs » comme d’une transition entre l’école et le statut de soliste ?
Élisabeth Platel : Pas vraiment, car à l’École, ils sont préparés à entrer dans le Corps de Ballet. La première division, dernière année d’études, est l’aboutissement d’un enseignement qui va les mener au travail de groupe.

Cela vous permet-il de jauger , de situer les artistes ?
Brigitte Lefèvre : Bien sûr, c’est une piste, une indication importante. Ce n’est pas un concours, mais quand même l’occasion de porter une appréciation. Comment gèrent-ils le stress, les contraintes, la répétition du spectacle, comment retrouvent-ils l’énergie au fil des représentations : le but n’est pas de critiquer – à partir du moment où l’on choisit un artiste, on l’accompagne – mais d’évaluer les potentialités.

Comment choisissez-vous ces jeunes danseurs ?
Brigitte Lefèvre : Évidemment, ce sont d’abord des artistes à même d’être en situation de danser seul, capables d’affronter la scène. La conception du programme détermine aussi le choix des danseurs : certains s’imposent d’emblée en fonction du ballet ou de l’extrait retenu. J’essaie d’établir une ligne artistique, ou plusieurs lignes qui se croisent, pour montrer aussi la diversité de la Compagnie, montrer des pièces du répertoire dans ce qu’elles peuvent avoir de plus récent, et qu’il est important de continuer à faire vivre.
Élisabeth Platel : Brigitte a également pris soin de montrer des extraits de ballets que l’on ne pourrait plus présenter dans un programme parce que trop anciens, mais qu’il est important de découvrir comme L’Océan et les perles de Gorsky remonté par Polyakov. Ce sont des choix culturels et artistiques, et non pas pédagogiques.

Dans quelle catégorie, quadrille , coryphée ou sujet , choisissez-vous ces jeunes interprètes ?
Brigitte Lefèvre : Il n’y a pas réellement de règle. Le but n’est pas de les mettre en difficulté, mais de mettre en lumière des artistes que l’on voit moins. C’est donc quelque chose qui s’établit en relation avec les extraits choisis, et en les regardant s’exprimer au quotidien.

Cela représente-t-il une pression importante pour ces jeunes interprètes ?
Brigitte Lefèvre : Oui, bien sûr, même s’ils ont déjà l’habitude de se produire à l’extérieur pour des galas. Mais être sur la scène de l’Opéra Garnier, très impressionnante, ne peut se ccomparer à un autre contexte.
Élisabeth Platel : Absolument, d’autant plus que, nécessairement, la notion de comparaison avec les Étoiles va souvent s’imposer. B.L. : On peut cependant évoquer une grande complicité engtre le public et les artistes confrontés à cette situation. Ce n’est pas une compétition : le public n’en est pas moins exigeant pour autant, mais il n’est pas dans la même attente. 


Propos recueillis par Sylvie Blin*
Retrouvez cet entretien dans En Scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris


*Ancienne rédactrice en chef adjointe de Connaissance des Arts, chargée des publications de la Danse pour la saison 2012/2013 à l’Opéra national de Paris, Sylvie Blin collabore régulièrement au Quotidien de l’Art.


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