Vendredi 1 juin 2012
À lire / Trois questions à Marco Arturo Marelli
Arabella à l'Opéra Bastille

La carrière de Marco Arturo Marelli se confond avec l’œuvre de Richard Strauss : des œuvres de jeunesse aux plus crépusculaires, il a mis en scène presque tous les opéras du compositeur. Qui mieux que lui pouvait faire ressurgir les délicieux sortilèges d’Arabella ?
À l'affiche de l'Opéra Bastille du 14 juin au 10 juillet 2012.

 

En Scène ! : Strauss, en demandant à Hofmannsthal d’écrire le livret d’Arabella, avait spécifié qu’il souhaitait se lancer dans la composition d’une « comédie ».
Pensez -vous vraiment qu’il s’agisse d’une comédie?

Marco Arturo Marelli : Arabella est une comédie qui côtoie en permanence la tragédie. Hofmannsthal était un merveilleux librettiste, passé maître dans l’art d’élaborer de subtiles nuances et de délicieuses ramifications psychologiques. Les effets dramatiques classiques l’intéressaient peu. Sa collaboration avec Strauss pour Arabella fut, selon de nombreux témoignages, longue et compliquée. Strauss demanda à plusieurs reprises que la progression du livret soit plus forte et plus dramatique. Hofmannsthal lui expliqua dans une lettre que « dans Arabella, il y a tout ce qu’il faut (comme drame) ». Strauss, ayant sans doute imaginé une fin plus tragique et plus spectaculaire, lui répondit : « Peut-être, mais je ne le vois pas ».


En S. : Le personnage d’Arabella représente la quintessence du romantisme viennois. Comment la situez -vous par rapport à La Maréchale du Chevalier à la Rose ou à La Comtesse de Capriccio ?

M.A. M. : Je pense que le personnage d’Arabella est assez différent des personnages que vous mentionnez. Marie-Thérèse (La Maréchale) et Madeleine (La Comtesse) sont des femmes très indépendantes et sûres d’elles-mêmes. Dans Arabella, les deux femmes sont sous une pression sociale presque inhumaine. Afin de sauver ses parents de la ruine financière, Arabella doit aussi rapidement que possible épouser un riche parti. Waldner, son père, est un joueur invétéré, Adélaïde, sa mère, une égoïste superstitieuse. Sa soeur, Zdenka, est contrainte de se déguiser en garçon pour épargner à ses parents des dépenses somptuaires.


De diverses manières, les deux soeurs essaient, dans ce tourbillon toxique, de se prémunir contre l’obsession financière et les plans hasardeux de leurs parents qui les font vivre dans une mascarade permanente. Zdenka réinvente son univers secret en réaction aux lettres d’amour de Matteo. Arabella, quant à elle, s’est laissé happer par un tourbillon très superficiel, avec ses nombreux courtisans. Lorsque Zdenka lui reproche sa vie (« Je ne veux pas être une femme comme toi, fière, coquette et froide à la fois.»), elle essaie de s’accrocher à son être intérieur et évoque désespérément son désir pour le « vrai » : pas seulement pour l’homme adéquat, mais aussi pour le vrai dans sa vie. Ainsi veut-elle, comme elle le dit, dans le premier duo, touchant de naïveté, trouver le chemin de la sécurité dans les valeurs traditionnelles du mariage et du bonheur. Au milieu du pessimisme ambiant, elle s’accroche, comme à un radeau de sauvetage au milieu des vagues de ce monde instable, à ses désirs et à ses rêves de jeune fille : le bonheur et l’amour vrai.


En S. : Comment abordez-vous le travail sur le plateau de l’Opéra Bastille , aux dimensions si particulières?

M.A. M. : Ce plateau a ceci de particulier qu’une partie du public est assez éloignée de la scène. Or, l’opéra de Strauss exige des espaces très intimes. Avec l’aide de mes collègues de l’équipe technique, j’ai donc voulu diminuer cette distance entre la salle et la scène : le long du mur à jardin, nous avons prolongé le décor sur toute la longueur de la fosse d’orchestre, créant l’illusion que le monde d’Arabella débordait dans la salle.



Propos recueillis par Philippe Scagni

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans

En Scène ! Le journal de l'Opéra de Paris

 

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