Lundi 10 juin 2013
Le Bal des signes
du 3 au 15 juillet à l'Opéra Bastille

Porté par la volonté d'un peintre, Signes s'impose comme une oeuvre d'art où scénographie, chorégraphie et musique se répondent, s'équilibrent et s'assemblent magistralement. Brigitte Lefèvre et Carolyn Carlson évoquent les souvenirs de la création et les raisons de son succès... (photo: © Christian Leiber )

 

Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette création. Comment est née l'idée de Signes ?

Brigitte Lefèvre : C'était l'idée magnifique d'un homme incroyable. Olivier Debré est venu me proposer de faire un ballet sur le sourire, le sourire de La Joconde. Il n'avait cependant, au départ, aucune idée du chorégraphe qui pourrait l'accompagner. Au fur et à mesure, le nom de Carolyn Carlson s'est imposé et elle a souhaité, elle-même, que René Aubry fasse partie de cette aventure artistique. Carolyn Carlson est une artiste qui surprend constamment. C'est une magicienne qui nous fait voir des formes, des rythmes, une âme, une réelle philosophie de la danse.

Carolyn Carlson : Ce travail avec Olivier Debré était très intéressant. Comment imaginer une chorégraphie à partir du sourire, celui de La Joconde ? Mais le sourire est aussi le premier signe de l'enfant, le premier échange... Je l'ai traduit par ce mouvement de mains qui revient souvent dans le ballet. Nous avons travaillé un an sur ce projet. Nous avons choisi les toiles ensemble, élaboré les costumes... En tant que peintre, Olivier Debré était habitué à travailler seul. Malgré cela, cette pièce a été une véritable collaboration, un mariage finalement heureux ! Il y avait avec lui une confrontation « fructueuse », de celles qui poussent dans les retranchements et donnent l'envie d'avancer.

Brigitte Lefèvre : Cette stimulation était réciproque. Olivier était entêté, convaincu et il nous a entraînées dans sa vision. Mais je pense pouvoir dire que Carolyn pouvait aussi le surprendre et lui permettre d'aller au-delà de ce qu'il avait imaginé au départ. Ce ballet m'a permis d'être avec deux personnalités pour qui j'avais une réelle admiration. Ce fut un plaisir d'accompagner cette production qui est sans doute l'une des plus accomplies de notre répertoire. 


Quel rôle occupent les tableaux d'Olivier Debré dans cette pièce ?

Carolyn Carlson : Il a fallu composer la chorégraphie avec les entrées et sorties des décors. Chaque tableau dégage une émotion, une poésie : le quatrième tableau, « Les moines de la Baltique » - rouge, chaud et passionné - m'a inspiré un ballet pour les hommes ; « L'esprit du bleu » - la fragilité, la mélancolie et la paix - un duo ; le deuxième tableau, « Loire du matin » - orange - évoque le fleuve et ses ondulations ; et le dernier, « La victoire des signes », me rappelle le yin et le yang de la philosophie orientale...

Brigitte Lefèvre : Au-delà des toiles, les décors deviennent des mobiles, créant l'espace dans leurs déplacements. Cela peut évoquer certains ballets du début du xxe siècle. Dans ce même temps, le danseur est au centre de l'oeuvre, il n'est ni effacé ni un élément, mais un partenaire à part entière.


Créé en 1997, Signes a été présenté pour la dernière fois en 2008 avec les adieux de Kader Belarbi...

Brigitte Lefèvre : Marie-Claude Pietragalla et Kader Belarbi ont créé l'oeuvre. Puis, Marie-Agnès Gillot a repris le rôle. Si Marie-Agnès sera là pour cette série de représentations, il y aura également des prises de rôles. Une nouvelle génération de danseurs a très envie de participer à cette aventure artistique.

Carolyn Carlson : Pourtant les interprètes sont parfois déstabilisés au moment des répétitions... C'était le cas à la création car le travail était nouveau. Je me souviens avoir plongé le studio dans le noir, voilé le miroir pour accéder à une plus grande concentration.


Signes est désormais considéré comme un « classique » du répertoire du Ballet de l'Opéra . Comment expliquer ce succès ?

Brigitte Lefèvre :  C'est la cinquième fois que le ballet est programmé et nous l'avons présenté en tournée au Japon où il a rencontré un immense succès. Né de la volonté d'un peintre, c'est un ballet organique, dans lequel la chorégraphie, le décor et la musique se complètent et se prolongent.

Carolyn Carlson : Nous ne savions pas comment serait accueillie la création et son succès a été un vrai bonheur. Les couleurs des toiles et des costumes, sans oublier les lumières de Patrice Besombes, se situent dans une recherche de l'harmonie. Et Olivier a eu l'idée de poser au sol un lino rose, malgré notre surprise. Le génie d'Olivier reposait aussi sur ce type de désir et sur sa connaissance des couleurs et leur assemblage.

Brigitte Lefèvre :  Un peu comme une palette, chacun a apporté sa contribution. Je pense qu'on peut véritablement parler d'une oeuvre d'art, d'un ballet rare et pour beaucoup d'un ballet-culte.



Propos recueillis par Inès Piovesan

Retrouvez cet entretien dans En scène !

Le journal de l'Opéra national de Paris

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