Mardi 11 décembre 2012
La Resurrezione - Épisode 3
La scénographie d'Oria Puppo

Les 16 et 20 décembre, reprise par l'Atelier Lyrique de La Resurrezione aux Théâtres de Suresnes (version concert) et de Poissy, sous la direction de Paul Agnew. La saison passée, Lilo Baur et Oria Puppo avaient imaginé cette version scénique de l'oratorio de Haendel. Nous vous invitons à (re)découvrir le spectacle à travers les regards croisés du directeur musical, de la metteur en scène et de la scénographe.

 

Habituellement, dans une oeuvre dramatique, les didascalies donnent des indications d’espace – que le scénographe peut choisir de retranscrire ou au contraire de transposer. Ce n’est pas le cas dans un oratorio où le texte se réduit à la parole proférée. Quel a été votre point de départ pour construire cette scénographie de La Resurrezione ?

Oria Puppo  : En tant que scénographe, je dois avouer que cette carence d’informations est toujours très appréciable, puisqu’elle nous laisse beaucoup de liberté : tout est possible, ou presque. Avec Lilo, nous avons eu des conversations très riches pour résoudre les problèmes d’espace  que posait l’oeuvre, notamment les transitions d’une scène à l’autre. Par ailleurs, même si les dialogues de La Resurrezione ne donnent pas  d’indications directes sur l’espace du drame, la fable biblique et les personnages qu’elle représente – l’Ange, Lucifer, saint Jean, Marie- Madeleine… –  charrient un imaginaire très prégnant, un réseau d’images vaste et dense. Il m’a fallu du temps pour m’approprier l’oeuvre et laisser de côté les scories.

 

Quel a été votre fil d’Ariane dans ce labyrinthe d’images ?

O.R : Dès le début, Lilo rêvait d’un retour aux sources, à un monde sec,aride, intemporel, à la croisée de l’Orient et de l’Occident. Pour ma part,j’ai été frappée par la dimension très concrète, très matérielle du texte : la pluie, le sang, les larmes… Je songeais notamment à cette expression qu’a saint Jean lorsqu’il évoque le visage de Jésus : « trempé de larmes » (« lacrimose umido »). J’imaginais un corps qui aurait tant pleuré qu’il ne pourrait plus verser la moindre larme… Nous avons commencé à travailler sur les quatre éléments – l’eau, le vent, le sable qui recouvre la scène de l’Amphithéâtre, le feu – en essayant de nous dépouiller de toute esthétique,en essayant d’échapper à toute époque datable. Chaque objet que l’on importe sur scène envoie des signes qui contribuent à orienter la vision du spectateur. Je me suis donc mise en quête d’accessoires qui seraient les plus neutres possible : des bols, par exemple, qui ne diraient pas « Je suis des années 50 » ou« Je suis rustique » ou encore « Je suis africain ». Il importait également à nos yeux de respecter une certaine authenticité du matériau : si l’on avait besoin de bois, on évitait l’imitation plastique ; si l’on avait besoin de tulle, on cherchait du vrai coton – afin que les interprètes puissent toucher, être en contact direct avec l’élément.

 

En assistant aux répétitions, il est également fascinant de voir comment les interprètes interagissent avec le décor.

O. R : Chez Lilo, chaque geste a toujours un poids très important. Il suffit qu’un chanteur déplace une pierre pour modifier l’espace et créer un monde nouveau. C’est une part importante de son travail à laquelle je souscris complètement. Pour La Resurrezione, nous voulions créer un univers cyclique, en perpétuel devenir, que les chanteurs feraient évoluer au cours du spectacle. Au début, l’Amphithéâtre représente l’Enfer. Puis l’espace se transforme peu à peu…

 

La forme même de l’Amphithéâtre a-t-elle contribué à vous inspirer ce monde cyclique ?

 O. R : En tant que scénographe, je ne perds jamais de vue l’édifice qui accueille le spectacle. Je pense que l’on ne doit surtout pas essayer de l’effacer, mais plutôt partir de là, composer avec : à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’un lieu avec un caractère très marqué, comme cet amphithéâtre blanc. J’aime beaucoup les amphithéâtres, qui sont des espaces complexes à travailler. Les interprètes y sont très proches du public : c’est une force – plus encore pour une oeuvre comme La Resurrezione, où la dimension rituelle est très présente. A nous de saisir cette force et de l’aider à grandir.

 

 Propos recueillis par Simon Hatab
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