Lundi 24 mars 2014
à la rencontre de Pavol Breslik
Mozartien d’exception, le jeune chanteur d'origine slovaque incarne Tamino dans La Flûte enchantée sous la direction de Philippe Jordan. Lui qui a grandi dans les forêts de Bohême retrouvera ensuite l’amoureux malheureux peint par Schubert dans La belle Meunière, le 3 avril à l'Amphithéâtre. Découvrez cet artiste décidé et les pieds sur terre à travers un texte de Vincent Borel, avant de le rencontrer dans sa loge...
Ténor enchanteur
par Vincent Borel

Paris a découvert Pavol Breslik au Châtelet en 2007 dans une Passion selon Saint Jean, mise en images par Bob Wilson. Il y chantait l’Évangéliste. Son timbre clair et fluide, sa belle articulation renvoyaient aux riches heures d’un Fritz Wunderlich.

Né en septembre 1979, Pavol est originaire de cette Bohême qui a tant donné à la musique : Haydn, Josef Mysliveček… ou Magdalena Kožená. Il grandit dans un petit village au coeur de forêts profondes, celles des opéras de Humperdinck et de Siegfried Wagner. Pavol passe ses étés chez sa grand-mère dans une maison de bois auprès d’un torrent. « Je suis très attaché à la nature. Encore aujourd’hui, lorsque je me produis dans une ville remplie de parcs et de jardins, je sais que je chante mieux. » Comme à Zurich, où il vient d’interpréter un Faust remarqué.

Autour du jeune Pavol, on pratiquait la musique pour le seul plaisir de chanter a cappella le riche répertoire des monts de Bohême. Il a dix ans quand le Mur tombe et n’a pas connu l’éducation musicale socialiste qui recrutait dès le primaire les éléments les plus prometteurs. « J’ai eu de multiples professeurs avant de trouver le bon, confie-t-il. On met son avenir entre les mains d’une personne à qui on accorde sa confiance. C’est aussi très important pour l’enseignant qui doit avoir conscience de cette énorme responsabilité… Je suis resté fidèle à ma professeur de Bratislava. Nous travaillons ensemble chaque nouveau rôle. Elle est un peu ma seconde mère. Nous prenons un café, je chante, nous en discutons. Comme un garagiste qui ausculte régulièrement le moteur d’une voiture de luxe, elle arrange certains détails techniques et me dit : tu peux y aller, la machine est révisée ! »

Son premier souvenir lyrique fut Turandot. « J’étais au collège. À la bibliothèque, je prenais des livres et des disques. Je pensais qu’il s’agissait là d’un nouveau groupe de rock… Je l’ai posé sur le tourne-disques. Pavarotti interprétait Nessun dorma et j’ai cru être au ciel. J’ai continué à emprunter des disques d’opéra. Je chantais avec les solistes tandis que les voisins râlaient ! » Après l’immense Luciano, Pavol découvre d’autres ténors qui vont le marquer durablement : Gigli, Björling, Alva, Gedda, Wunderlich…
Il hésite un temps entre le chant et l’école hôtelière, mais opte pour l’art lyrique, pensant que cela allait lui être plus facile. Il est un temps dépassé par l’exigence du métier. Mais il insiste et décroche, à vingt et un ans, le premier prix du Concours Dvořák de Prague, le plus prestigieux de la République Tchèque. Aussitôt, les engagements s’enchaînent : Nemorino, Tamino, Belmonte, Ottavio, ses rôles fétiches, d’abord à Berlin, puis à Trieste, Milan, Aix-en-Provence et Glyndebourne.

Dans ces Parnasse du chant, Pavol irradie Mozart. « Avec lui, ma voix se sent en parfaite osmose. Il me met à l’aise sans me réclamer de dangereux efforts. » L’hygiène vocale est un thème qui rend le ténor slovaque intarissable. « Je chante depuis plus de dix ans et je tiens à durer. Le plus difficile dans notre profession est de savoir dire non. C’est une question de survie. J’ai côtoyé trop de jeunes artistes sexy et à la belle voix qui se sont déjà brûlés. Certains directeurs de théâtre nous veulent dans des rôles hors sujet. Ces professionnels n’ont-ils donc pas d’oreille ? Tant que l’on privilégiera la mise en scène au détriment du travail sonore, on provoquera des catastrophes humaines. »

Mais, selon lui, la profession n’est pas la seule fautive. « Le public ne doit jamais oublier que nous sommes des êtres de chair et de sang, pas toujours à cent pour cent de nos capacités. Nous avons droit à l’erreur et à la méforme. Se rendre à l’opéra, ce n’est pas glisser un disque dans un lecteur ou ouvrir un fichier MP3. Qui ne veut que la perfection et nous siffle parce que nous n’avons pas été à la hauteur de ses attentes, ne devrait jamais sortir de chez soi ! »

Sage rappel avant de traverser les épreuves de « La Flûte ». Cette mise en scène, présentée à Bastille, Pavol l’a d’ailleurs inaugurée, l’été dernier, à Baden-Baden. Elle est, pour lui, exemplaire. « J’aime beaucoup travailler avec Robert Carsen, il respecte les chanteurs. Jamais je ne l’ai entendu, lors des répétitions, hurler sur qui que ce soit. Il écoute les chanteurs sans les rabaisser. »

Dans la loge de Pavol Breslik...




Pavol Breslik dans La Flûte enchantée

Découvrez maintenat le ténor sur scène, dans le rôle de Tamino.

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