Mercredi 30 mai 2012
Jean-Efflam Bavouzet et le Quatuor Danel
Notes sur le programme

Côtoyant les formations les plus prestigieuses de la planète, le pianiste Jean-Efflam Bavouzet navigue à travers le répertoire, de Haydn à la création contemporaine, avec une insatiable curiosité artistique et un enthousiasme communicatif. En compagnie du Quatuor Danel, c’est pour interpréter son compositeur de prédilection qu’il refait escale jeudi 31 mai à l’Amphithéâtre Bastille : Debussy, dont l’intégrale de ses œuvres pour piano a été très largement récompensée par la presse.

 

A la fin du XIXe siècle, la musique de chambre française connait un véritable essor, notamment grâce au soutien de la Société nationale de musique. Saint-Saëns, Fauré, Franck et ses disciples, enrichissent en quelques années le répertoire de manière spectaculaire. Si Debussy semble préférer l’orchestre ou le piano, il a donné à la musique de chambre quelques oeuvres essentielles et parfaitement représentatives de son chemin.

 

OEuvre de jeunesse, le Trio pour piano, violon et violoncelle témoigne de l’influence de Massenet sur le jeune Debussy et s’inscrit dans la lignée des oeuvres de chambre de Franck. Mais déjà, l’oeuvre se trouve teintée de couleurs légères et transparentes, plus présentes encore dans les Danses sacrée et profane. Commandées à Debussy en 1904 par la facture d’instruments Pleyel, les Danses sacrée et profane devaient initialement mettre en valeur les possibilités techniques d’un nouvel instrument, la harpe chromatique. Néanmoins, Debussy précise que la partie solo peut être interprétée indifféremment à la harpe ou au piano. La première danse déploie une mélodie calme à l’unisson des cordes à laquelle l’instrument soliste répond par des accords arpégés. Commence alors une balade tranquille à travers des paysages debussystes par excellence. Le dialogue entre l’instrument soliste et les cordes est beaucoup plus capricieux dans la danse suivante, particulièrement dans les flux et reflux des thèmes et des nuances qui apparentent cette page à La Mer.

 

En 1892, Debussy entreprend l’écriture de ce qui restera son unique quatuor à cordes. Première véritable oeuvre de maturité, il est un manifeste de beauté sonore, un envoutant jeu d’ombres et de lumières aux sonorités inspirées par le gamelan javanais, la harpe ou encore la mandoline. D’abord noble et sévère, le premier mouvement se mue peu à peu en un chant simple et mystérieux. Le mouvement suivant, un scherzo « assez vif et bien rythmé », est dominé par un usage virtuose du pizzicato, puis, les effets de trémolos et de trilles les remplacent dans un troisième mouvement à l’atmosphère très douce et sensuelle, comme une nouvelle évocation du faune. Le mouvement final, d’inspiration franckiste et à la puissance orchestrale, se conclut par une Coda pétillante.

 

Après une période de silence créatif, Debussy retrouve l’inspiration durant l’été 1915. Il projette alors d’exprimer la quintessence de la « sensibilité empreinte de fantaisie » des français à travers six sonates pour divers instruments. De cet hexaptyque initialement envisagé, seules trois Sonates furent achevées, la mort empêchant le musicien français d’aller au bout de son projet. La première Sonate, pour violoncelle et piano, à l’humour sarcastique et à la poésie mélancolique, fait la part belle au violoncelle en utilisant toutes ses ressources expressives, techniques et sonores. Fier et majestueux, le Prologue est un épanchement solitaire du violoncelle qui se transforme, sur des rythmes de habanera, en une Sérénade fantasque et capricieuse. Ces évocations hispaniques continuent à déferler dans un Finale volubile et virtuose. La Sonate pour violon et piano, troisième et dernière du cycle, est l’oeuvre d’un homme en proie à la souffrance. D’un pathétisme inhabituel chez le compositeur, l’expression du goût français semble ici s’être volatilisée devant quelque tzigane plongé dans les affres de la mélancolie. L’Allegro vivo apparaît comme une lutte angoissée et l’Intermède, « fantasque et léger », rappelle au bon souvenir de la Sérénade de la Sonate pour violoncelle et piano. Le parfum de l’Espagne refait son apparition dans un Finale ensorcelant.

 

Iannick Marcesche

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