Jeudi 30 mai 2013
Hommage à Albert Lance

Le 15 mai dernier s'éteignait Albert Lance, premier ténor de l'Opéra de Paris de 1956 à 1972. Don José « maison », sa projection, l'assurance de ses aigus et la chaleur de son timbre lui valurent une certaine souveraineté sur de nombreuses pages du répertoire. ( photo : Albert Lance © Photo pic )

 


Alors qu'il n'était qu'un enfant à la voix de soprano, il distillait déjà sur son Australie natale son chant dans des cafés-concerts et lors de tournées avec des compagnies de vaudevilles. Malgré un premier triomphe scénique dans Tosca à Melbourne qui lui valut d'interpréter le rôle de Mario à travers le pays, c'est en France que son art s'affirma, encouragé par la bienveillance des professeurs Modesti et Féjart. A Paris, c'est encore dans Tosca qu'il s'exposait pour la première fois le 27 avril 1956 au public de l'Opéra-Comique, où l'intégration à la troupe suivit le succès rencontré. Dès lors, il incarna les grands rôles, Rodolfo, Pinkerton, Faust, Roméo, chanta Rameau, Berlioz, Offenbach. En 1958, il apparut dans Le Bal masqué aux côtés de Régine Crespin et partagea l'affiche avec Maria Callas lors d'un gala de la Légion d'honneur resté mythique, s'accordant le luxe de donner la note à des voix parmi les plus marquantes de ce vingtième siècle. Une liste enrichie par les non moins grandes Renata Tebaldi en 1960 et sa compatriote Joan Sutherland avec laquelle il enchanta Covent Garden, toujours en cette flamboyante année 1958. Pour la première de Carmen au Palais Garnier, il campa en 1959 dans la production de Raymond Rouleau, un fougueux Don José qui se brulait à la Carmen de Jane Rhodes, sous la baguette de Roberto Benzi. Suivirent des tournées en France et à travers le monde. En Amérique du sud avec Régine Crespin, aux Etats-Unis où il créa l'opéra de Dello joio Blood Moon, en URSS en 1967, tournée pour laquelle il partit australien et revint naturalisé français.

 

En 1972, au début de l'ère Liebermann la Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux (Opéra de Paris et l'Opéra-Comique) fut dissolue et Albert Lance se tourna vers les théâtres de province notamment l'Opéra du Rhin. Au faîte de sa maturité artistique, Il aborda à Strasbourg des rôles exigeant force vocale et dimension psychologique tels ceux d'Erik dans Le Vaisseau fantôme de Wagner et d'Hérode dans la Salomé de Strauss. Si l'année 1977 fut celle des adieux à la scène, il ne renonça pas pour autant à faire entendre sa voix. Elle qui fut si souvent l'expression des passions et tourments de l'âme devint celle de la raison dans les conservatoires de Nice et Antibes où il enseigna durant dix-neuf ans. Etabli à Colomars dans les Alpes-Maritimes, il y fonda avec son épouse Iris Panel, elle-même mezzo-soprano, l'Albert Lance Lyric Company, formant une nouvelle génération de chanteurs et participant à la production de spectacles lyriques dont il assurait notamment la conception des décors, aidé de ses dons pour les arts plastiques. C'est ainsi au contact de la lumière méridionale propice à l'épanouissement du bel canto et des beaux-arts que l'artiste passa ses plus harmonieuses années, partagé entre l'enseignement qu'il affectionnait et la peinture, son passe temps favori.

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