Vendredi 7 juin 2013
Festival 1, 2, 3 opéra ! - épisode 7
La danse comme révélateur

Du 15 au 26 juin, l'Opéra met à l'honneur les élèves de Dix Mois d'École et d'Opéra* : le festival 1,2,3, Opéra ! permet aux classes du programme de présenter leurs projets et leurs réalisations à l'Amphithéâtre et au Studio Bastille. Accompagnés par deséquipes pédagogiques et artistiques, les élèves rendent visibles sur scène leurs évolutions personnelles...

 

Trois chorégraphes ont été invités à travailler avec les élèves de dix mois d'école et d'opéra pour proposer deux créations présentées en clôture du festival le 26 juin. une rencontre sous le signe de la découverte de soi et de l'autre.

 

Sébastien Bertaud , Coryphée du Ballet de l’Opéra


« Hors les murs est pour moi le témoignage chorégraphique d'une aventure à la fois culturelle, pédagogique et humaine. En tant que danseur du Ballet de l'Opéra de Paris, j'ai la chance de danser les grands ballets classiques autant que les créations contemporaines. Avec la complicité de Cécile Thiel-Mourad qui m'assiste dans cette aventure, j'ai eu à coeur de transmettre mon expérience et de témoigner de la richesse du répertoire actuel en proposant une partition chorégraphique en trois parties. Comme un passage de l'ombre à la lumière, un dialogue sensible entre Bach et Pärt.


Chaque séance débute par un protocole d'échauffement au sol, à la barre et au milieu ; s'ensuivent des ateliers d'improvisation dirigés visant à développer l'aisance dans l'espace, où chacun en appelle alors à sa propre créativité. Au fil des séances, nous avons cherché à découvrir avec les élèves un vocabulaire corporel partageable et nous avons fait le pari de ne pas contourner les difficultés mais, au contraire, de faire en sorte que les jeunes les apprivoisent. Ainsi, il s'agit bien ici de mouvements écrits, d'une « choré-graphie », composée de solos, de duos et de mouvements d'ensemble.


De nombreux enjeux sont au coeur de cette démarche artistique, à la fois politique et sociale. En effet, à un âge où tout est en construction, comment amener des élèves de 6e à être pleinement acteurs du dialogue avec nous, intervenants ? Comment les conduire à prendre conscience de leur propre corps dans l'espace et à appréhender celui de l'autre ? Et comment savoir (parfois) lâcher prise pour mieux danser ensemble ? Autant de petites révolutions qui les entraînent à penser autrement à ce qui les entoure, à mettre en perspective leurs découvertes et, plus encore, à découvrir "ce qui les bouge", comme le disait Pina Bausch, plutôt que comment bouger. Car il y a bien ici quelque chose de l'ordre du développement de soi, de l'élévation du corps et de l'esprit qui se joue à travers la pratique de la danse et dans les rencontres. Il faut toujours du courage pour jeter ainsi son corps dans la bataille. Mais que la danse est belle quand elle vient du coeur. J'aime à penser que si les élèves ne continuent pas à danser au terme de ce parcours, tous garderont de cette expérience unique une sensibilité particulière et une certaine connaissance de ce patrimoine artistique vivant. Avec la secrète ambition que certains pourront développer quelques-unes de ces "armes miraculeuses" évoquées par le poète Aimé Césaire, pour vivre leur vie, hors les murs. »


 Sélin Dünbar et Bruno Sajous, chorégraphes


« En lien direct avec la programmation de l'Opéra, et sur proposition de Christophe Ghristi, nous avons choisi de travailler sur la musique de Gustav Mahler. En accord avec lui, nous avons sélectionné des extraits de la Troisième Symphonie, complétés par certains passages de la Deuxième qui correspondent davantage aux ambiances et états que nous souhaitions mettre en avant. À cela, nous avons ajouté des sons naturels comme la tempête, le vent, l'orage...


La création est découpée en quatre tableaux : la tension, où l'on est sur la réserve ; la tempête qui balaie cette méfiance ; le sommeil comme une prise de conscience, un relâchement après la tourmente et enfin l'éveil : une phase plus mature, mais aussi plus légère et joyeuse. La musique nous a amenés à concevoir ce découpage mais nous avons aussi réalisé, au fur et à mesure du travail, qu'il correspondait à ce que nous vivions avec les élèves. Le travail a commencé par des improvisations sur des musiques très variées, aussi bien électroniques qu'ethniques. Nous avons poussé les élèves aussi loin que possible, les invitant à mener une recherche permanente sur eux-mêmes, à mobiliser leurs ressources et trouver leurs propres limites. Au fur et à mesure des ateliers, ils se sont révélés, certains se sont même détachés du groupe par leur qualité de travail et leur énergie. Nous avons donc pu proposer des solos, duos ou trios. Progressivement, ils ont appris à chorégraphier eux-mêmes. L'écriture chorégraphique s'élabore ainsi à partir de leurs improvisations et des images précises que nous souhaitons rendre. Des enfants se sont ouverts, parfois très rapidement, tandis que d'autres ont eu besoin de plus de temps. Nous voudrions leur apporter un épanouissement et les révéler à eux-mêmes. Certains portent une étiquette qui les conditionne et nous aimerions qu'ils se connaissent, se fassent davantage confiance, qu'ils s'aperçoivent qu'on a tous un côté obscur et un côté lumineux. Nous avons beaucoup insisté sur le regard, son intensité, et le rapport entre acteur / spectateur afin qu'ils acceptent le regard de l'autre mais qu'ils apprennent aussi à regarder et respecter l'autre. Le titre, Augenblick / InstantS, évoque un instant, celui passé ensemble, celui du spectacle et de la danse qui est unique, éphémère. » 


Propos recueillis par Inès Piovesan

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