Vendredi 6 avril 2012
Entretien / Artistes en devenir
Spectacle de l'École de Danse au Palais Garnier

Les élèves de l'École de Danse retrouvent la scène du Palais Garnier pour le spectacle annuel (du 7 au 13 avril). Étape importante, celui-ci s'inscrit dans la continuité de leur enseignement tout en leur donnant l'occasion de mettre en pratique un savoir déjà bien maîtrisé. Rencontre avec Élisabeth Platel, directrice de l'École.

En Scène: Deuxième rendez-vous des élèves de l'École de Danse, après les Démonstrations de l'hiver, avec la scène du Palais Garnier et le public de l'opéra, quel est le « rôle» du spectacle annuel?

Elisabeth Platel : Au niveau du calendrier, le Spectacle est très bien placé. Il y a les Démonstrations en décembre, le Spectacle au printemps et l’examen en juin. Il existe ainsi un rythme de rendez-vous trimestriels qui établit clairement les étapes du cursus scolaire: une progression technique jusqu’en décembre, un important travail artistique et de mise en pratique de l’enseignement jusqu’en mars et ensuite, la préparation aux examens. Comme l’expliquait Claude Bessy, à l’origine, les enfants participaient à bon nombre de spectacles sur scène, les maisons d’Opéra puisant chez les élèves les figurants pour les ballets et les ouvrages lyriques. Par la suite, l’attention portée aux activités scolaires a entraîné la restriction de ces participations. Aujourd’hui, le principe même du Spectacle, qui leur est complètement dédié, permet aux élèves d’assurer seuls une programmation, certes adaptée à leur niveau, mais qui les confronteà la scène. Ils apprennent à être ensemble, à interpréter un rôle, à travailler avec un orchestre. Il y a aussi la préparation du spectacle, une préparation technique, artistique, mais aussi pédagogique. Ils apprennent à porter une attention différente selon qu’ils apprennent ou qu’ils répètent, à être attentifs aux autres, à se mouvoir avec des costumes, à gérer la coulisse (un changement de costume rapide, le rapport avec l’habilleuse, manier un accessoire)… Et enfin, à l’approche du spectacle, au Palais Garnier, les élèves appréhendent la préparation qui précède l’entrée en scène et en particulier, le maquillage. Ils sont aidés et guidés par les maquilleurs de l'Opéra, mais le principe consiste à disposer tout le matériel sur une table centrale et les laisser se débrouiller. C’est un peu folklorique mais je tiens à ce que, précisément, cela se fasse « sur le tas » pour qu’ils cherchent et trouvent par eux-mêmes.

En S. : S’agit -il, pour les élèves, d’un moment attendu, redouté?E.P :  Ils sont ravis d’être en scène. À l’issue des Démonstrations de décembre, la 6e division garçons, qui n’avait jamais mis les pieds sur scène, est sortie avec déjà l’envie d’y retourner ! Cette année, les plus jeunes élèves danseront à Bastille dans un ballet de la Compagnie,La Bayadère, pendant que les plus grands seront à Garnier, dans le Spectacle. C’est très étrange : face à des difficultés techniques, les élèves plus âgés vont avoir le trac mais éprouver en même temps un vrai plaisir à être en scène, par le côté « exceptionnel » des représentations. Et, comme ils vivent ensemble depuis longtemps, il y a un effet d’émulation de groupe. Le jour du spectacle, le déroulement de la journée se passe comme pour les danseurs du Ballet de l’Opéra, avec le cours du matin, les raccords l’après-midi et ensuite, l’échauffement individuel au Foyer de la Danse. Je suis toujours surprise de voir leur niveau de professionnalisme.

 

En S. : Comment se construit le programme du spectacle?
E.P :  J’essaye de proposer aux élèves des langages chorégraphiques différents afin que, sur un cursus de six ans, ils aient abordé unéventail le plus large possible. Cette année, il s’agit d’un programme intermédiaire, avant d’en proposer un plus ambitieux la saison prochaine pour célébrer les trois cents ans de l’École française. Il me semblait important de présenter Variations de Violette Verdy qui n’a été dansé par le Ballet de l’Opéra qu’en 1979 à l’Opéra Comique. Si les élèves l’ont interprété en mars dernier à Suresnes, il va désormais s’inscrire dans le répertoire de l’École, sur la scène de Garnier. Je voulais faire bénéficier aux élèves de la présence d’une pédagogue comme Violette Verdy qui est venue faire travailler la musicalité et modifier certains détails en fonction des différentes personnalités. Variations s’appuie surtout sur l’écoute musicale et la relation au pianiste, qui joue sur scène, avec les danseurs. Il s’inscrit dans la verve d’un Sonatine de Balanchine ou d’un Dances at a Gathering de Robbins. Violette Verdy l’a fait « à la manière de » mais avec beaucoup de simplicité et sans prétention.

En S. : Vous reprenez également Symphonie en trois mouvements de Nils Christe…
E.P :
D'une part, Stravinsky demande une grande connaissance musicale, une oreille et, d'autre part, le ballet propose une ouverture sur une gestuelle beaucoup plus contemporaine. Curieusement, c'est un langage qui parle aux élèves. Le classique les rend plus anxieux alors que le contemporain les libère. C'est une oeuvre qui demande un véritable investissement physique et l'abandon de toutes barrières.

En S. : Vous dites que les spectacles sont l’occasion, pour les élèves, d’accéder au « patrimoine». Pouvez-vous, en ce sens, nous parler du Bal des cadets ?
E.P : 
Carole Arbo, professeur à l'École de Danse, a interprété le ballet et en assure la transmission auprès des élèves. J'aurai aussi, je pense, la visite d'autres personnalités qui l'ont dansé. Au hasard des ballets du répertoire que l'on remonte, nous allons à la rencontre des artistes qui ont « fait » l'Opéra de Paris. Le Bal des cadets est un ballet narratif dans lequel il y a un jeu et des personnages dans la peau desquels il faut se glisser. Inconsciemment, les élèves mettent en pratique leur enseignement, le mime et l'expression musicale, notamment. C'est un important travail d'acteur, que l'on retrouve
ensuite dans la carrière d'un danseur professionnel.

 

Propos recueillis par Inès Piovesan

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans

En Scène ! Le journal de l'Opéra de Paris

PrécédentSuivant