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Mardi 18 mars 2014
Course contre le temps
Don Giovanni par l'Atelier Lyrique
L’Atelier Lyrique présente une nouvelle production de Don Giovanni sous la direction musicale d’Alexandre Myrat. Entretien avec Christophe Perton a qui la mise en scène a été confiée.
Comment est née l’idée de situer votre Don Giovanni au bord d’une piscine désaffectée ?
Christophe Perton : Lorsque j’ai engagé les premières séances de travail avec Malgorzata Szczesniak, nous cherchions ensemble à définir un espace qui puisse d’abord répondre de façon fonctionnelle aux contraintes du livret de Da Ponte et Mozart, qui ne se sont embarrassés d’aucune précaution dramaturgique dans l’enchaînement des situations de cet opéra. Il nous fallait un espace de liberté, qui épouse les incohérences des situations et permette avant tout d’avancer au rythme vertigineux de la musique. Donc un lieu unique, conçu à la fois comme un espace public et comme le lieu immémorial où s’inscrit le souffle de liberté qui anime Don Giovanni dans sa course. Puis Malgorzata m’a proposé toutes sortes de traitements possibles pour évoquer cet espace public et la photographie qu’elle possédait d’un sol de piscine désaffecté m’a tout de suite saisi par sa force suggestive sans vraiment qu’il y ait moyen ni besoin de la justifier. Disons que je l’envisage comme un lieu de jeu, de fantasmagorie, de plaisir et d’érotisme, doublé d’un espace déliquescent du fait de son état d’abandon.

Une autre de vos sources d’inspiration a été Deep End du réalisateur polonais Jerzy Skolimowski. Comment-vous en êtes venu à faire dialoguer l’univers de ce film avec l’opéra de Mozart ?
Christophe Perton : C’est bien après que m’est revenu en tête ce film qui est une merveille sur le plan plastique autant que dans sa dimension érotique. Et ce qui me touche dans le rapprochement entre les deux, c’est que tout mon projet est basé sur la jeunesse des personnages qui doivent prendre selon moi l’âge des interprètes et notamment Don Giovanni en regard du personnage central qui doit avoir tout juste quinze ans dans le film.

Le clavecin posé au bord de la piscine détonne avec la modernité du lieu.
Christophe Perton : J’ai imaginé la présence du clavecin sur scène comme rattachée à Mozart lui-même. Parce que cette petite voix du continuo me semble toujours incarner sa présence, son regard plein de tendresse et d’ironie, et puis son sens du tempo et de la mise en scène, cette façon d’enchaîner ou de prolonger les récitatifs. Alors ce clavecin, c’est le point d’orgue sur lequel tout le monde se retrouve, c’est le hors-jeu qui permet de suivre l’action sans être vu, c’est donc un espace ludique.

Comment appréhendez-vous le travail avec les jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique ?
Christophe Perton : J’espère que c’est avant tout un gage de liberté, de souplesse et de connivence. Je crois qu’il faut être joyeux et surtout ludique pour entreprendre même de façon tragique l’opéra de Mozart. J’espère que c’est cette fraîcheur et cet investissement qu’ils m’apporteront au-delà de leur talent de chanteurs.



Propos recueillis par Simon Hatab
Retrouvez cet article dans En Scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris
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