Jeudi 3 avril 2014
14+18
épisode 4
Parce que le projet 14+18 se joue sur plusieurs fronts – de Paris à Nancy en passant par Reims – Christine Eschenbrenner, Dominique Laudet et Alexis Ouspensky de Dix mois d'Ecole et d'Opéra vous invitent à suivre son processus de création au jour le jour.
Reims, le 13 Février 2014

La salle dans laquelle nous nous trouvons pour répéter se situe au sommet de l’Opéra de Reims, juste au-dessus de la salle de spectacle : c’est un espace original, dont le bois chaleureux, les miroirs, contrastent avec la grisaille de ce jeudi de février. Mais c’est un lieu qui porte également les stigmates du passé : la structure métallique à la Eiffel témoigne de la reconstruction de ce bâtiment qui était alors le Grand Théâtre. En septembre 1914 en effet, dès les premiers bombardements qui atteignent le quartier puis toute la ville, la coupole et le lustre du Grand Théâtre s’effondrent et après un incendie, seule demeure la façade. Serge Gaymard, directeur de l’Opéra, accueille les élèves de Nancy et de Reims sous le toit de l’Opéra en leur présentant non seulement l’espace dans lequel ils vont travailler mais aussi le souvenir de la sombre période qui blessa la ville en plein cœur, touchant aussi la cathédrale, lieu emblématique à deux pas de l’Opéra. Pendant la pause -déjeuner, les enfants de CM2 et de 5ème iront sur le parvis de la cathédrale et découvriront l’ange au sourire, restauré après avoir été décapité pendant les bombardements de 1914, le beau visage ayant alors volé en éclats… Les enfants écoutent avec une grande attention cette évocation d’une Histoire qui les concerne désormais puisqu’ils en abordent par le jeu bien des facettes. D’autres précisions sont données par les artistes et la répétition commence : les uns vont travailler le chant « Trois beaux oiseaux de paradis » dans une autre salle et sous le toit, les élèves de Reims abordent la scène des petites factrices, ces jeunes filles qui permettaient au courrier de circuler entre le front et l’arrière. En l’absence d’accessoires, ce sont de petits bouts de papiers qui tiennent lieu de lettres. Je suis étonnée de voir avec quel soin les enfants investissent ces objets. En leur demandant « d’effacer les sourires », Marie-Eve Signeyrole les incite à dépasser le jeu pour comprendre ce que vivaient malgré eux ces acteurs de l’Histoire… Les postières évoluent au bord du plateau et je fais partie des spectateurs qui deviennent destinataires. Une jeune fille s’approche de moi, ouvre son sac ; je suis dans l’attente, elle le sent et me tend son petit papier. Je le prends, soudain heureuse d’avoir reçu une lettre. Quand elle s’éloigne, j’ouvre le billet et découvre avec émotion ce qui s’y trouve – une tache griffonnée au stylo rouge avec ces mots : « Voilà tout le sang que j’ai perdu. »

Christine Eschenbrenner

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