Festival 1, 2, 3, Opéra ! - épisode 2Retour sur trois mois de répétition
Du 15 au 26 juin a lieu à l'Amphithéâtre Bastille la première édition du festival 1,2,3,Opéra ! : l'occasion de découvrir sur scène les spectacles conçus par les classes du programme Dix Mois d'Ecole et d'Opéra, guidées par les équipes pédagogiques et artistiques : quatre soirées organisées autour de plusieurs thématiques - opéras, danse, récitals et rencontre.
Tout au long de la saison, nous vous invitons à suivre l'évolution des ateliers de pratique artistique sur les différents lieux de répétition du projet. Retour sur les trois premiers mois.
Une trilogie bâtie autour du personnage de Falstaff
Conservatoire de Clichy, salle de répétition de l’Opéra Bastille, conservatoire de Fontenay-sous-Bois : trois espaces dans lesquels évoluent les élèves de 4° du collège Jean-Jaurès de Clichy, les élèves du collège Flaubert de Paris 13° et les élèves de CM1 de l’école Paul-Langevin à Fontenay-sous-Bois. En chaque lieu, Florent Siaud, librettiste, a commencé par raconter à chaque classe les aventures drolatiques, épiques ou tragiques imaginées avec espièglerie dans le sillage de Sir John. La musique du compositeur Fabien Waksman n’est pas encore entièrement dévoilée mais chacun sait qu’Antoine Bretonnière, chef de chœur, se charge de la faire vivre progressivement. C’est ainsi qu’il distille les exercices de base – prendre très bas sa respiration, aborder les sifflantes, monter ou descendre - puis donne accès aux nouveaux airs, déconcertants, rapides ou lents, toujours émouvants : chanson de Rose , complot des Quickly ou encore chant des conspirateurs…
Florent Siaud, également metteur en scène, propose situations et improvisations à partir desquelles chacun fait connaissance de l’intérieur avec l’univers proposé ; à partir de là les classes choisissent leur camp, leur opéra : ici une taverne, là un champ de bataille et puis le tribunal … Jean-Marc Piquemal danseur chorégraphe joue ici un rôle particulier : aux côtés de Florent Siaud, il impulse le mouvement, explique l’alphabet des déplacements et comment habiter les lieux : être ensemble ou se retrouver seul, changer de place sans être désorienté, prendre conscience de chaque présence dans un même espace, libérer les énergies nécessaires aux diverses formes d’expression mises en jeu. Les élèves des trois classes attendent avec impatience les trois heures de répétition hebdomadaire qui leur permettent d’embarquer sur la planète Falstaff. Ils se rencontreront pour la première fois dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille le jeudi 22 janvier 2013 et partageront leurs aventures respectives et corrélées.
« A la première séance de théâtre, Florent nous a demandé d’être neutre, sans émotion ; la première fois que je l’ai fait, j’ai pleuré, car au fond de moi, j’avais une grande émotion qui est sortie de moi, elle était si forte, je ne peux pas l’expliquer. Le théâtre m’apporte beaucoup, j’apprends à être plus sûre de moi, à avancer sans complexes. Les premières fois, je n’osais pas exprimer un masque avec une émotion particulière, mais au fil des séances, j’y arrive de mieux en mieux. Je me fais plus confiance et j’avance. » (Christèle)
Danse avec les vies : deux créations en vue
Salle Nijinsky, Opéra Bastille. Dans la lumière nacrée de la grande salle de répétition donnant sur la ville, Sébastien Bertaud, coryphée dans le ballet de l’Opéra national de Paris montre aux élèves de la classe de sixième du collège Jacques Prévert de Noisy-le-Sec ce qu’il attend : déployer le corps, développer les gestes sur plusieurs temps, ralentir, suspendre, accélérer, suspendre à nouveau, repartir. Les élèves se prêtent au jeu, très vite à l’aise, confiants dans les propositions qui leur sont faites. Cécile Theil-Mourad, assistante de Sébastien Bertaud prend le relais : les uns après les autres, les élèves forment et complètent un tableau d’ensemble. Faire, défaire et refaire. Etre ou ne pas être ensemble. Art de l’équilibre, ou sens du déséquilibre. Subtilement distillée, la musique porte chaque soulèvement et certaines séquences sont irriguées par la sérénité émanant d’une suite de Bach.
Avec Selin Dündar et Bruno Sajous, chorégraphes, deux classes explorent un autre univers. La troisième symphonie de Mahler est le vivier dans lequel seront puisés les éléments musicaux qui viendront étayer la danse. Les élèves de cinquième du collège Voltaire de Sarcelles répètent dans la belle salle Berrier mise à leur disposition par la ville de Sarcelles, et les élèves du collège Alain-Fournier de Paris 12° se rendent chaque mardi à l’Opéra Bastille où ils s’entrainent. Pour la première fois, le 22 Novembre, les deux classes qui danseront ensemble se sont rencontrées à l’Amphitéâtre Bastille : par duos, les voici qui entrent sur scène et forment un cercle, lequel s’élargit puis s’ouvre sur la suite du travail. Ecoute et concentration sont au rendez-vous et chaque proposition chorégraphique est accueillie avec grande attention par les cinquante élèves rassemblés sur le plateau tandis que résonne le Chant de la terre qui les introduit dans l’univers de Mahler. Au fil de la musique, les corps s’élancent, se séparent et se retrouvent au cœur d’un nouvel espace, progressivement défini.
« Premier jour. Premiers pas. Dans l'Opéra. Rideau de velours. Arrivés tout en bas. Passant de sombres couloirs. On retire les chaussures. Désappointés sur le sol froid. Dans nos gestes des ratures. Concentration obligatoire. Et puis avec effroi. Voir les mouvements qui fusent. Fatigue et lassitude. Étonnement car c'est très dur. Des conseils bien ardus. Exercices si pointus. Chorégraphies improvisées. Une danse dans l'écriture. Quelques bases apprivoisées. Sur le retour épuisés. Des rebours sur le trajet. Des courbatures établies. Difficultés à se déplacer. Mais ensuite revient le sourire. Et on garde un bon souvenir. » (Samuel)
Silence, on chante !
A Clichy-sous-Bois, pour l’académie de Créteil, à Argenteuil pour l’académie de Versailles et à Paris, 18° arrondissement, trois classes découvrent ou approfondissent le chant, installant petit à petit, à raison de deux heures par semaine sous la direction de Lucie Larnicol accompagnée de la pianiste Svetlana Samsonova un florilège sonore : sur les trois lieux, les élèves dégustent les accents italiens de la Donna e mobile, marchent joyeusement au pas avec la garde montante, se promènent dans le grand jardin des airs. Leur chef de choeur ouvre la marche et l’appétit avec des jeux vocaux : jongler avec les vocables, se régaler avec un sourire qui détend tout le visage, poursuivre le chant jusqu’au bout des doigts, rajouter de la souplesse, chanter en se dirigeant soi-même.... C’est ainsi qu’ils voyagent avec rigueur et légèreté en direction du festival.
« Quand je chante j’ai l’impression d’aller dans un autre monde, tous mes problèmes je les oublie. Chanter c’est exprimer sa propre personnalité, dire ce qu’on a à dire et s’exprimer librement et montrer qui on est en réalité. » (Assa)
Quand les petits violons réinventent leur histoire
Salle Saint-Saëns : tous les étuis sont ouverts et les enfants, allongés pour le début de la scène se redressent lentement : chacun semble découvrir son violon pour la première fois jusqu’au moment où lentement un son filé se forme, appelant dans son sillage le mouvement, le chant et la prise d’archet pour tous. Dramaturge du spectacle, Simon Hatab a organisé avec leur professeur Soraya Vann des ateliers d'écriture pour faire remonter le ressenti des enfants : « Au début, ils nous disaient surtout ce que nous avions envie d'entendre. Alors nous avons dû passer par les chemins détournés de la fiction, du récit de rêve ou de l'écriture automatique pour tenter de cerner ce que représentait réellement pour eux cette expérience sans précédent. » Ces témoignages ont permis de tisser la trame du spectacle. En plus de ces textes, le metteur en scène Denis Morin pourra s'appuyer sur les mélodies finement travaillées au violon et à l’alto avec Laure Julliard ou sur les airs et chansons appris avec Emmanuèle Dubost. Pour arriver à cela, les artistes croisent leurs approches respectives, et se mettent eux-mêmes en jeu, se transformant en débutants dans l’apprentissage du violon, partageant certains exercices pour aider les enfants à « déplier leurs émotions. »
« Nous avons commencé par le violon ce qui m’a beaucoup plu : nous avons progressé. Du côté du théâtre, nous devions tous former un cercle et notre compagnon de droite devait se déplacer de manière farfelue. Ce que j’ai préféré c’est le chant allemand que nous avons ensuite travaillé car c’était la première fois que j’apprenais une chanson dans cette langue! Et cette première était fabuleuse! » (Aliyah)
Le choeur des vingt ans toujours à pied d’œuvre
Certains enseignants qui avaient participé au spectacle Lumières créé pour célébrer les vingt ans du programme en Juin 2011 et animés par la passion du chant ont souhaité constituer un nouveau choeur pour accueillir les professeurs ayant participé ou participant à Dix Mois d’Ecole et d’Opéra. C’est chose faite. Tous les quinze jours, le Choeur des vingt ans pour toujours s’entraîne, sous la direction de Lucie Larnicol accompagnée de Svetlana Samsonova à l’Opéra Bastille ou dans une salle de l’école Keller, non loin de l’Opéra. Les airs travaillés font écho à la programmation de la Saison 2012-2013 : c’est avec sérieux et grand plaisir que chaque choriste se prête à l’exercice et aux nouveaux apprentissages. Aurélie Rochman mettra en espace le chœur en dégageant un fil conducteur qui reliera joyeusement les œuvres choisies.
Christine Eschenbrenner pour l'équipe Dix Mois d'Ecole et d'Opéra















