Le récital de Soile Isokoskireporté au 3 juillet à 20h
Le Récital est reporté au mardi 3 juillet 2012, 20 heures.
Plus d'information sur les modalités pratique de ce report
Jean-Efflam Bavouzet et le Quatuor Danel
Notes sur le programme
Côtoyant les formations les plus prestigieuses de la planète, le pianiste Jean-Efflam Bavouzet navigue à travers le répertoire, de Haydn à la création contemporaine, avec une insatiable curiosité artistique et un enthousiasme communicatif. En compagnie du Quatuor Danel, c’est pour interpréter son compositeur de prédilection qu’il refait escale jeudi 31 mai à l’Amphithéâtre Bastille : Debussy, dont l’intégrale de ses œuvres pour piano a été très largement récompensée par la presse.
A la fin du XIXe siècle, la musique de chambre française connait un véritable essor, notamment grâce au soutien de la Société nationale de musique. Saint-Saëns, Fauré, Franck et ses disciples, enrichissent en quelques années le répertoire de manière spectaculaire. Si Debussy semble préférer l’orchestre ou le piano, il a donné à la musique de chambre quelques oeuvres essentielles et parfaitement représentatives de son chemin.
OEuvre de jeunesse, le Trio pour piano, violon et violoncelle témoigne de l’influence de Massenet sur le jeune Debussy et s’inscrit dans la lignée des oeuvres de chambre de Franck. Mais déjà, l’oeuvre se trouve teintée de couleurs légères et transparentes, plus présentes encore dans les Danses sacrée et profane. Commandées à Debussy en 1904 par la facture d’instruments Pleyel, les Danses sacrée et profane devaient initialement mettre en valeur les possibilités techniques d’un nouvel instrument, la harpe chromatique. Néanmoins, Debussy précise que la partie solo peut être interprétée indifféremment à la harpe ou au piano. La première danse déploie une mélodie calme à l’unisson des cordes à laquelle l’instrument soliste répond par des accords arpégés. Commence alors une balade tranquille à travers des paysages debussystes par excellence. Le dialogue entre l’instrument soliste et les cordes est beaucoup plus capricieux dans la danse suivante, particulièrement dans les flux et reflux des thèmes et des nuances qui apparentent cette page à La Mer.
En 1892, Debussy entreprend l’écriture de ce qui restera son unique quatuor à cordes. Première véritable oeuvre de maturité, il est un manifeste de beauté sonore, un envoutant jeu d’ombres et de lumières aux sonorités inspirées par le gamelan javanais, la harpe ou encore la mandoline. D’abord noble et sévère, le premier mouvement se mue peu à peu en un chant simple et mystérieux. Le mouvement suivant, un scherzo « assez vif et bien rythmé », est dominé par un usage virtuose du pizzicato, puis, les effets de trémolos et de trilles les remplacent dans un troisième mouvement à l’atmosphère très douce et sensuelle, comme une nouvelle évocation du faune. Le mouvement final, d’inspiration franckiste et à la puissance orchestrale, se conclut par une Coda pétillante.
Après une période de silence créatif, Debussy retrouve l’inspiration durant l’été 1915. Il projette alors d’exprimer la quintessence de la « sensibilité empreinte de fantaisie » des français à travers six sonates pour divers instruments. De cet hexaptyque initialement envisagé, seules trois Sonates furent achevées, la mort empêchant le musicien français d’aller au bout de son projet. La première Sonate, pour violoncelle et piano, à l’humour sarcastique et à la poésie mélancolique, fait la part belle au violoncelle en utilisant toutes ses ressources expressives, techniques et sonores. Fier et majestueux, le Prologue est un épanchement solitaire du violoncelle qui se transforme, sur des rythmes de habanera, en une Sérénade fantasque et capricieuse. Ces évocations hispaniques continuent à déferler dans un Finale volubile et virtuose. La Sonate pour violon et piano, troisième et dernière du cycle, est l’oeuvre d’un homme en proie à la souffrance. D’un pathétisme inhabituel chez le compositeur, l’expression du goût français semble ici s’être volatilisée devant quelque tzigane plongé dans les affres de la mélancolie. L’Allegro vivo apparaît comme une lutte angoissée et l’Intermède, « fantasque et léger », rappelle au bon souvenir de la Sérénade de la Sonate pour violoncelle et piano. Le parfum de l’Espagne refait son apparition dans un Finale ensorcelant.
Iannick Marcesche
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Il est temps de réserver pourL'Amour des trois oranges
Ouverture des réservations pour L'Amour des trois oranges le mardi 29 mai, à partir de 9h par téléphone et à partir de 11h30 aux guichets du Palais Garnier et de l'Opéra Bastille, au lieu de la date du 12 juin initialement prévue.
S’inspirant de Gozzi et de son théâtre surréaliste, secondé par le grand dramaturge russe Meyerhold, Prokofiev compose avec L’Amour des trois oranges un des opéras bouffes les plus réjouissants de l’histoire, une fable brillante et savoureuse, un anti-théâtre radical et jubilatoire, qui est un émerveillement pour tous, petits et moins petits, grands et moins grands.
Opéra Bastille - du 23 juin au 13 juillet 2012
Dégel de la parole
Dix mois d'École et d'Opéra
« Vadi Tacas ! » que signifient ces mots étranges, emprisonnés au fond d’une boîte par l’horrible reine des neiges ? C’est le mystère que devront résoudre Énée et ses compagnons pour libérer le printemps dans L’Oiseau de glace, l’opéra de « dix mois d’école et d’opéra », présenté en juin à l’Amphithéâtre Bastille du 15 au 17 juin. entretien avec Christine Eschenbrenner, Dominique Laudet et Laurent Pejoux, responsables du programme.
« Baroque est le maître-mot de ce nouveau spectacle : un mot complexe, riche de sens, qui s’applique à des situations diverses et variées. Avec les élèves et les enseignants du programme, nous voulions explorer ce thème en dépassant le stade du simple pastiche. Aussi avons-nous fait appel à un jeune librettiste et à un compositeur pour écrire à quatre mains une véritable création. Ils se sont emparés d’un mythe, celui du rameau d’or, qui permet à Enée de traverser le royaume des Enfers. Il est toujours intéressant de travailler avec des adolescents sur un mythe car le mythe possède un pouvoir fondateur, donc structurant. Le rameau d’or, c’est la traversée des guerres, l’affrontement avec les monstres, la descente aux Enfers puis la remontée vers la lumière.
C’est une image du Quart Livre de Rabelais – la scène où Pantagruel découvre des mots gelés aux confins de la mer glaciale – qui a nourri les rêveries de Florent Siaud, également assistant metteur en scène pour Hippolyte et Aricie au Palais Garnier, et du compositeur Fabien Waksman. Ensemble, ils ont proposé une langue et une musique originales : il n’y a pas, dans L’Oiseau de glace, de citations à proprement parler, comme c’était le cas dans Lumières qui reprenait des airs de Gluck et de Monteverdi. Ce sont plutôt des échos, des clins d’oeil très subtils. Il y a dans ce spectacle tout ce qui fait la particularité et la force du baroque : des parties dansées – pour lesquelles les élèves ont été force de proposition – des costumes « très xviie siècle », un espace très structuré, organisé en « territoires », un décor construit dans les ateliers de l’Opéra… Comme la saison passée, les petits violons – ces jeunes élèves qui apprennent le violon depuis la rentrée 2009-2010 sous le parrainage de musiciens de l’Orchestre – sont également de la partie avec deux autres classes. Ils participent au processus de création du début à la fin. Depuis septembre, leur pratique instrumentale se double d’une pratique vocale. Côté coulisses, trois classes de lycée professionnel participent activement à l’habillage, à la coiffure et au maquillage. On retrouve donc dans ce projet tous les ingrédients qui ont fait le succès du programme : la découverte, le partage, la transmission et, en arrière-plan, la citoyenneté.
Car ce gel de la parole qu’il importe de vaincre, c’est aussi l’histoire de ces élèves issus d’établissements du Réseau de l’éducation prioritaire, pour qui les accès à la culture en général, et à l’opéra en particulier, sont souvent barrés. Les voici plongés dans un univers rempli d’images et de mots inconnus – Que signifie le mot frimas ? Qu’est qu’une forêt sépulcrale ? – face à une langue et des codes qu’ils doivent investir pour se frayer un chemin poétique vers la création. C’était un grand défi. Après la belle réussite du spectacle de la saison passée, nous avons souhaité nous renouveler. Lumières – spectacle qui célébrait les vingt ans du programme – fonctionnait sur le principe de la réécriture : mise en abyme du mythe d’Orphée, hommage à l’Opéra et à ses cent métiers… C’était un spectacle sur mesure, avec des textes modernisés, écrits pour des adolescents. Pour L’Oiseau de glace, nous souhaitions au contraire que les élèves aient à franchir la distance qui les sépare d’une oeuvre qui leur est a priori étrangère, qu’un autre langage leur ouvre les portes d’un autre monde. C’est également la raison pour laquelle nous avons choisi le baroque, dont les codes nous sont aujourd’hui lointains : on ne se contente pas d’enfiler un costume baroque. Il faut le vivre : le metteur en scène, Isabelle Grellet, a beaucoup travaillé sur la posture. Le pari était risqué : il y a d’abord eu une attitude de rejet de la part de certains, qui ne s’identifiaient pas du tout à la langue. Nous avons alors multiplié les rencontres, non seulement avec les artistes de la Maison mais également avec les acteurs du projet – librettiste, compositeur, metteur en scène. Petit à petit, quelque chose s’est installé, posé. Au fil des répétitions, les élèves se sont emparés du texte pour en jouer. Le résultat est à la hauteur du défi que nous leur avions lancé. Certains élèves habitent leurs personnages jusque dans les silences. C’est très impressionnant.
Bien sûr, cette “exigence” – autre mot-clef du programme – a un prix : un investissement sans faille des partenaires pédagogiques. Depuis cette saison, nous incitons les établissements à ne pas concentrer les responsabilités entre les mains du seul professeur, coordinateur du projet, mais à partager les tâches entre plusieurs enseignants : les projets s’en trouvent consolidés. La force de “Dix Mois d’École et d’Opéra” a toujours été le travail en équipe, et nous développons cette valeur auprès des élèves et des équipes éducatives.
Et l’avenir ? La réussite donne des ailes pour aller toujours plus loin. Au fil des saisons, les ateliers de pratique artistique se sont multipliés hors des murs de l’Opéra, à tel point que les trente-cinq établissements partenaires bénéficient aujourd’hui d’ateliers de qualité. De là, l’idée de mettre en valeur ces ateliers en créant, avec les structures partenaires de proximité – Conservatoires, Maisons de la Culture… – un festival qui verra le jour à l’horizon 2013. »
Propos recueillis par Simon Hatab
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Destin d'ArabellaDu 14 juin au 10 juillet
à l'Opéra Bastille
Étrange Arabella, née du « monde d’hier », précipitée dans notre monde… André Tubeuf tente de saisir la poésie et le mystère de l’oeuvre à travers sa création, sa forme, les disques et les voix qui l’ont habitée.
Quand Dresde et Vienne créaient Arabella, Paris en était à découvrir Elektra, vieille de plus de vingt ans. Der Rosenkavalier, plus neuf, n’avait précédé que de peu. Die Frau ohne Schatten attendra 1972, Intermezzo et « Helena » attendent toujours. Si Capriccio est arrivé si vite, c’est peut-être parce que sa traduction française était signée Samazeuilh. Arabella y avait paru en 1952, comme incognito, en tournée de Sarrebrück. Rysanek encore inconnue y était star. Paris n’a pas bougé. La carrière d’Arabella n’avait de toute façon rien de mondial. Londres ne l’avait vue qu’en visite, de Dresde, puis de Munich vingt ans après. Quand le Met l’accueillit ce fut, sauf erreur, en anglais : un public neuf se serait perdu dans tant de parlé, aux enjeux si peu clairs.
Arabella est spécifiquement une enfant des années 30, dernière née d’une Mitteleuropa où Strauss reste le compositeur numéro un d’une fin du monde, quand trois ou quatre stars du chant, déjà Maréchales ou Ariane, se battaient pour le rôle-titre : Ursuleac, Lotte Lehmann, Marta Fuchs, Lemnitz, bientôt Reining. Suivront Cebotari puis Lisa Della Casa. Relève assurée. Mais, critère : Arabella n’était pas si cotée que Columbia, qui en début des années 50 enregistrait tout, s’y mît : autour de Schwarzkopf, il n’en gravait que des extraits, laissant Arabella à Decca, Solti et Della Casa – sans succès de vente. Paris attendait toujours. Il est vrai que le chant français n’avait produit aucune Arabella naturelle possible, assez viennoise, assez jeune fille (alors qu’il avait tout récemment produit avec Crespin une Maréchale de rang mondial). Quand l’Opéra invita, en 1981 seulement, la production de Covent Garden de 1965, le public brûlait surtout d’y entendre la très aimée (d’époque Liebermann) Kiri Te Kanawa. Quinze ans passeront encore avant qu’une autre star glamour, Karita Mattila, ne fasse courir Paris, très bien entourée (Hampson, Barbara Bonney, excusez du peu) mais au Châtelet cette fois. Entre Arabella et Paris, on aurait du mal à parler d’histoire d’amour.
C’est une exception : tant Salomé, Elektra, Der Rosenkavalier, Ariadne auf Naxos, même Frau ohne Schatten et Capriccio y reviennent souvent ! C’est qu’il y a malentendu sur Arabella. Le titre, lapidaire, péremptoire, fait attendre une héroïne diva, une Tosca, un caractère qui marque, un destin : pas ce flou scénique et, vocalement, ces demi-teintes. À peine si on peut dire d’Arabella qu’elle a un air. Mein Elemer ! qui conclut l’acte I tient sur un 78 tours, et Tiana Lemnitz l’a enregistré : mais ce n’est qu’un bout de scène en solo, pas même un monologue. On doit à la jeune Rysanek, autre 78 tours, Das war sehr gut, Mandryka, mais cela chante à peine. Arabella contient les deux duos les plus beaux de Strauss, l’un enivrant, l’autre envoûtant : Aber der Richtige fait s’envoler les voix des deux soeurs vers l’extase amoureuse rêvée et Und du wirst mein Gebieter sein accomplit entre Arabella et Mandryka l’hymne de promesse conjugale le plus pieux, le plus fervent, le plus anti-opéra, le plus périlleux en tessiture aussi (pour elle, qui se reprend elle-même à l’octave !). Des divines, les créatrices d’abord, Ursuleac, Lehmann, les ont enregistrés. Mais où est la mélodie dans tout cela ? Où et comment chante-t-on dans Arabella, et est-ce vraiment chanter ? La réponse est un hommage au génie de la conversation en musique où Strauss et Hofmannsthal étaient passés maîtres. Si Arabella déploie si peu le chant en moments vocaux isolables (et qu’on se fredonnerait en sortant du théâtre), c’est que dans Arabella ça chante tout le temps : mais en parlando. Pour l’entendre, il faut s’entendre aux présupposés viennois, en entendre le sous-entendu. Dans Rosenkavalier l’intrigue était explicite, les enjeux clairs ; plus l’omniprésente valse. Dans cette Vienne fin de race, plus une intrigue mais des intrigues, des expédients ; et une fête des cochers pur brouhaha, comparée à la Présentation de la rose.
Mais voilà. Arabella est si sympathique et intègre, et intacte, et souriante. Avec si peu d’effets, elle demande si pleinement la grande voix Strauss. Comment aimer sa propre voix Strauss, et ne pas se rêver Arabella ? Renée Fleming (on l’y a vue à Munich) s’aime elle-même dans les élans d’Arabella, dans ses mi-voix. Comment ne pas vouloir l’y aimer ? Ainsi nous est rappelé (ce qui est très straussien) un des plus vrais réalismes de théâtre : que la raison suffisante, mais nécessaire, pour monter un opéra, c’est d’avoir l’interprète idéal(e) pour le chanter !
André Tubeuf
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À lire / Concert symphoniquePhilippe Jordan
Notes sur le programme
Le 23 mai à l'Opéra Bastille, Philippe Jordan dirige Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy, Les Nuits d’été d'Hector Berlioz et Le Sacre du printemps d'Igor Stravinsky.
Diaporama / Roméo et Juliette
De Sasha Waltz
Les adieux deClairemarie Osta
Adieux émouvants pour la Danseuse Étoile Clairemarie Osta lors de la dernière représentation de L'Histoire de Manon, dimanche 13 mai au Palais Garnier.
Entretien / Trois questions à Sasha WaltzRoméo et Juliette à l'Opéra Bastille
Roméo et Juliette, le mythe shakespearien de l’amour et de la mort, qui a inspiré à Hector Berlioz une très romantique « symphonie dramatique » pour solistes, choeur et orchestre, est revisité par l’une des figures essentielles de la danse contemporaine, Sasha Waltz. Créé en 2007 pour le Ballet de l’Opéra de Paris, ce spectacle, oeuvre d’art totale, réunit musique, danse et chant. Sasha Waltz a accepté de revenir sur cette création exceptionnelle et nous a reçus à Berlin, dans les bâtiments de Radialsystem V, « espace dédié aux arts et aux idées », au bord de la Spree.
En Scène ! : Comment jugez-vous votre Roméo et Juliette, cinq ans après?
Sasha Waltz : C’est un spectacle important dans mon parcours. Cela a été à la fois une nouvelle expérience de travailler avec l’Opéra de Paris et avec l’ouvrage de Berlioz. Et cela m’a permis également de focaliser et synthétiser un certain nombre de directions que mon travail avait prises pendant les années qui ont précédé. Aujourd’hui, je me réjouis de reprendre ce ballet, d’autant plus que la distribution de cette année est très proche de celle de la création. Les danseurs du Ballet de l’Opéra ont la mémoire de la chorégraphie dans le corps. Ce qui me passionne, c’est de voir comment leur interprétation a mûri, s’est transformée dans la continuité. On me dit souvent que la danse est un art de l’éphémère… Mais c’est un faux problème ! L’interprétation vit bien sûr dans l’instant, mais elle est chargée de l’épaisseur du temps. Un danseur est un interprète au même titre qu’un pianiste, un violoniste ou un chanteur ; il évolue, mûrit et donne de la profondeur au temps, dans la « reprise » même. C’est pourquoi je suis très attentive au répertoire de ma compagnie : je reprends souvent des spectacles qui ont plus de vingt ans ! Roméo et Juliette n’a que cinq ans, ce n’est rien !
En S. : Est-ce que la structure hiérarchisée d’un ballet comme celui de l’Opéra de Paris a été un obstacle à cette démarche organique?
S. W. : Il est vrai que la hiérarchie en général peut être un problème. Je cherche alors toujours à la dissoudre pour faire émerger une communauté, et rendre possible ce corps commun, justement. Mais l’Opéra de Paris, bien que ce soit une grande institution, a la faculté extraordinaire de porter l’artiste et de lui permettre une expression libre. Je m’y suis sentie très bien et j’ai pu travailler avec des professionnels d’exception, dans tous les domaines qui doivent converger à un spectacle. Et je suis, en outre, très admirative de la manière dont le Ballet de l’Opéra s’est ouvert à la danse contemporaine.
En S. : Avez-vous besoin de la musique?
S. W. : Pour être honnête, « besoin » est un grand mot. Et je rêve toujours de créer un spectacle sans musique, d’expérimenter le silence de la danse. À vrai dire, c’est une expérience que j’ai voulu faire aussi avec Roméo et Juliette. D’abord, je commence toujours à répéter sans musique, pour capter les propositions des corps dans leur immédiateté. Mais surtout, j’ai cherché à creuser l’oeuvre de Berlioz par le milieu, ouvrir une brèche de silence dans ce flot musical : c’est le solo de Roméo, dansé dans le silence, sans musique. Accepter de suspendre l’ouvrage et d’intégrer à la partition un long moment de silence était aussi une décision forte pour le chef d’orchestre (Valery Gergiev lors de la création), cela impliquait un vrai choix pour sa propre dramaturgie musicale, et il a joué le jeu. La collaboration a été intense, comme avec chacun, à la scénographie, aux costumes, à la lumière. L’immense institution qu’est l’Opéra de Paris, par ses proportions mêmes, a seule permis à ce « monstre organique » de trouver son espace. Avec la scénographie par exemple, je crois que nous sommes allés très loin. Il n’y a qu’une seule idée spatiale à laquelle j’ai dû renoncer, c’était irréalisable. Je voulais que les murs expriment une séparation encore plus abrupte, un conflit plus violent encore. Mais tout a été mis en oeuvre pour que ma conception soit possible.
Propos recueillis et traduits de l'allemand par Dorian Astor*
Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans
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Projection de La Source et Akhmatova à l'Amphithéâtre Bastille
Tous à l'Opéra
Dans le cadre de Tous à l'Opéra, deux créations récentes de l'Opéra national de Paris, La Source et Akhmatova, seront projetées samedi 12 mai à l'Amphithéâtre Bastille, respectivement à 14h et 18h. Découvrez l'extrait de l'ultime confrontation entre Akhmatova et son fils, Lev.
À lire / Le Miroir de Jésus Notes sur le programme
Le Miroir de Jésus, Oratorio pour mezzo-soprano, choeur de femmes, quintette à cordes et harpe, d'André Caplet et Ainsi la Nuit pour quatuor à cordes, de Henri Dutilleux seront donnés le 19 mai prochain à l'Amphithéâtre Bastille. Productrice à France Musique, professeur d'Esthétique au Conservatoire national supérieur de Paris, Martine Kaufmann fait le point sur ce programme.
Tous à l'Opéra 2012
samedi 12 et dimanche 13 mai 2012
A l’Opéra de Paris, cette manifestation – parrainée cette saison par
Ruggero Raimondi et Julie Fuchs – est placée sous le signe de la
création contemporaine avec la projection à l’Amphithéâtre Bastille de
deux créations récentes : le samedi 12 à 14h, le ballet La Source du chorégraphe Jean-Guillaume Bart, dans les décors d’Eric Ruf et les costumes de Christian Lacroix (2011) ; à 18h, l’opéra Akhmatova
du compositeur Bruno Mantovani sur un livret de Christophe Ghristi,
dans la mise en scène de Nicolas Joel et les décors et costumes de
Wolfgang Gussmann et Susana Mendoza (2011). Le même jour à 16h30,
André Tubeuf consacre une conférence à La fièvre de l’Opéra.
Inscription préalable obligatoire dans la limite des places disponibles
suivant les modalités de réservations ci-après. Outre ces projections et
conférence l’Opéra ouvre grand les portes de ses deux théâtres pour des
visites gratuites du Palais Garnier et des visites guidées de l’Opéra
Bastille, dans les conditions suivantes :
Ouverture du Palais Garnier :
- samedi 12 mai 2012 : les espaces publics et la salle de spectacle seront gratuitement accessibles à la visite, de 9h à 17h.
Les espaces publics de la Bibliothèque-Musée (galerie du musée et exposition Massenet) seront ouverts. La salle de lecture ne sera pas accessible.
- dimanche 13 mai 2012 : le Palais Garnier sera entièrement fermé au public.
Ouverture de l’Opéra Bastille / Visites guidées gratuites (1h30 environ) :
Inscription préalable obligatoire dans la limite des places disponibles suivant les modalités de réservations ci-après.
Point de rendez-vous pour les visiteurs inscrits : Opéra Bastille, entrée principale, rez-de-chaussée (Métro Bastille) :
- samedi 12 mai 2012 : possibilité de faire visiter 3 groupes de 50 personnes au maximum, à 9 heures, 11 heures et 17 heures.
- dimanche 13 mai 2012 : possibilité de faire visiter 3 groupes de 50 personnes au maximum, à 12 heures.
Modalités de réservation : à partir du lundi 19 mars 2012 à 9h.
Pour les visites de l’Opéra Bastille, par téléphone au 01 73 60 23 23, du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 13h, sauf dimanches et jours fériés.
Pour les projections à l’Amphithéâtre Bastille :
- par téléphone au 01 73 60 23 23, du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 13h, sauf dimanches et jours fériés,
- par Internet sur operadeparis.fr,
- aux guichets de l’Opéra Bastille, tous les jours de 14h30 à 18h30, sauf dimanches et jours fériés.
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Atelier Lyrique / Cap sur Bordeaux
Orphée et Eurydice au TNBA du 9 au 13 mai 2012
La saison de l'Atelier Lyrique se poursuit avec la reprise au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine de la très belle production d'Orphée et Eurydice, donnée la saison passée à la MC93 Bobigny. Après l’Isola Disabitata de Haydn (reprise la saison prochaine ) et Didon et Enée de Purcell, il s'agit de la troisième mise en scène de Dominique Pitoiset pour l’Atelier. Son directeur Christian Schirm évoque le travail du metteur en scène.
Il y a longtemps que je suis le travail de Dominique Pitoiset. Depuis sa première mise en scène d’opéra – Les Noces de Figaro à l’Opéra de Lausanne en 1995 – j’ai eu l’occasion de voir beaucoup de ses spectacles. Ce qui me frappe toujours, c’est la justesse de sa lecture, son refus de l’exégèse savante, du commentaire inutile. Il a l’art et le talent de mettre le doigt sur le nerf à vif, sur la pulsion de l’oeuvre. Orphée et Eurydice nous parle du couple en posant la question la plus douloureuse et la plus absolue qui soit : celui de la séparation par la mort. Les étapes du deuil – les soubresauts de la révolte, la tentation d’en finir, le désir d’embrasser une solution miracle qui se révèle illusoire – Pitoiset les prend à bras-le-corps. Il investit des espaces quotidiens – chambre, cuisine, salle de bains – qu’il transforme en huis clos cauchemardesques, nimbés d’une atmosphère fantastique, sous la lumière implacable des néons…
Dans l’une des très belles scènes de cette production, Amour, télécommande en main, passe à Orphée un film de ses vacances heureuses avec Eurydice. C’est un désir insensé que l’on a tous éprouvé une fois dans sa vie : face aux événements tragiques de l’existence, vouloir effacer le film, rembobiner la cassette. À la fin de la scène, lorsqu’Amour éteint l’écran, le spectateur a la gorge nouée… Dominique Pitoiset assume complètement la mission du metteur en scène : au-delà du temps, nous rendre les oeuvres contemporaines. Il nous a offert l’une des plus belles lectures du chef-d’oeuvre de Gluck. Pour les jeunes interprètes de l’Atelier Lyrique, ce fut une expérience bouleversante.
Christian Schirm
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En Scène ! Le journal de l'Opéra national de Paris
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Corps éloquentsL'Histoire de Manon
au Palais Garnier
du 21 avril au 13 mai
En habile homme de théâtre, Kenneth MacMillan retranscrit le destin tragique des héros du roman de l'Abbé Prévost. Au fil des pas, se lit une magnifique fresque dansée qui donne corps à une chronique sociale amère autant qu'aux forces dévastatrices de la passion.
L’Histoire de Manon Lescaut et du Chevalier des Grieux, exactement contemporaine du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, parut en 1731, enchâssée dans Les Mémoires d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde. Ce personnage imaginaire n’aurait fait que transcrire le récit qu’il aurait reçu de Des Grieux lors de deux rencontres. En réalité, l’Abbé Prévost, jeune auteur de trente-trois ans aurait transposé un chagrin d’amour, scrutant d’une plume vengeresse les pièges de l’éternel féminin. Dans sa préface, il arguait de motivations édifiantes pour justifier de s’être commis dans le récit d’aventures galantes : les errements de son héros, « jeune aveugle qui refuse d’être heureux, pour se précipiter dans les dernières infortunes », éloigneraient à tout jamais le lecteur de la moindre tentation. « L’ouvrage entier est un traité de morale », concluait-il. La postérité a surtout retenu combien Manon était séduisante et combien il était à la fois doux et cruel de l’aimer.
Nouvel avatar d’Eve, l’héroïne de Prévost reste une énigme versatile, tissée d’inconciliables contradictions, sincère, manipulatrice, vénale, sainte, si bien que Des Grieux oscille sans cesse à son sujet entre « perfide » et « charmante », ce dernier terme mêlant à la mignardise, la puissance ensorcelante de son étymologie. Pour éclairer son lecteur sur le caractère exceptionnel des attraits de Manon, Prévost prend le soin de nous la présenter non pas dans sa splendeur et à travers le regard naïf de Des Grieux, mais sur la route du Havre au milieu de prostituées, telle que l’Homme de qualité la découvre avant que le jeune amant ne lui conte son histoire : « Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l’air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu’en tout autre état, je l’eusse prise pour une personne de premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l’enlaidissaient si peu que sa vue m’inspira du respect et de la pitié. » On comprend dès lors ce qui précipite Des Grieux « dans une chute irréparable (…) vers le fond de l’abîme. » Au cours de cette descente aux enfers, il perd son innocence jusqu’à l’avilissement, jusqu’au meurtre. Longtemps, il en rend responsable la passion, avant de comprendre enfin que la faute en incombe plus sûrement aux pères indignes, détenteurs du pouvoir et de l’argent, qui, malgré leur âge, archaïques chefs de meute, se réservent la jouissance des plus belles femmes.
Afin de mettre en place les enjeux de l’intrigue, en homme de théâtre habile, MacMillan n’hésite pas à reconstruire la scène d’ouverture du roman dont il ne garde intacte que la rencontre des deux amoureux. Au lever de rideau, toutes les classes sociales, et tous le protagonistes, se croisent dans la cour de l’auberge, le grand monde avec les jeunes gentilshommes, Monsieur G.M., la bourgeoisie avec la patronne de l’hôtel, le demi-monde de Madame, de ses prostituées et des actrices, puis l’infra-monde de la cour des miracles et des mendiants. Le lien entre tous ces personnages se fait à travers la figure immédiatement dominante de Lescaut, frère de Manon, assez secondaire chez Prévost et ici fondamentale. Son caractère puissant et sensuel est planté dès le début. Frayant avec les voyous tout autant qu’avec Madame ou G.M., il est l’exact contraire de Des Grieux, seul, isolé, un livre à la main, manifestement mal à l’aise dans cet univers, et rempli d’une grâce élégiaque qui, aux yeux des spectateurs, transforme les ridicules de sa maladresse en ingénuité. Lorsque Manon apparaît, sa situation de courtisane au bras d’un vieillard est sans ambiguïté, et pourtant, MacMillan la dote d’une chorégraphie évanescente tout en pointes et portés, à mille lieues de la truculence charnelle de la maîtresse de Lescaut, comme si elle était d’une autre essence. Le jeune couple se rapproche alors de Roméo et Juliette, si mal accordés à la Vérone déchirée de leurs parents. Ainsi le ferment de la tragédie se manifeste-t-il très tôt dans ce ballet qui ne laisse aucune place au sentimentalisme.
L’Histoire de Manon n’est pas la première chorégraphie tirée du roman de l’Abbé Prévost. En 1830, Jean-Pierre Aumer en avait donné sa version à l’Opéra, sur un livret d’Eugène Scribe qui raillait les fastes libertins de l’Ancien Régime. Manon fut ainsi la première héroïne de l’histoire du ballet à mourir sur scène. Deux ans plus tard, la Sylphide de Taglioni, métaphore du désir nimbée de mousseline de soie, expirait comme elle, parce que l’idéal ne peut toucher terre sans se corrompre.
Sylvie Jacq-Mioche
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En Scène ! Le journal de l'Opéra national de Paris
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La Resurrezione en images
Dernière ce dimanche
La dernière représentation de l'oratorio de Haendel a lieu ce dimanche 6 mai à 15h à l'Amphithéâtre Bastille. Mathieu Romano dirige les chanteurs de l'Atelier Lyrique et les étudiants du Département de Musique Ancienne du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans la mise en scène épurée de Lilo Baur. La scénographe Oria Puppo a transformé pour l'occasion l'Amphithéâtre en un désert de sable aride et intemporel.
















