Le Festival d'automne à Paris
Comme chaque saison, ce festival, qui fait la part belle à la composition contemporaine, affiche à l'Opéra de Paris une programmation particulièrement éclectique : Pierluigi Billone, Frederic Rzewski, György Kurtág, Heinz Holliger, Kurt Marti, Misato Mochizuki, Nikolaï Obouhov, Galina Ustvolskaya, Boris Filanovsky et Valery Voronov. Des concerts à découvrir du 22 septembre au 17 novembre à l'Amphithéâtre Bastille et au Palais Garnier, dans le cadre de la programmation Convergences.
Pierluigi Billone. Loin des figures obligées de la modernité, presque marginale, la musique de ce compositeur italien traverse de singuliers paysages, riches d’énergies suspendues ou libérées. Le corps de l’interprète, ses mains, sa peau ou sa bouche y participent. Le maître-mot serait néanmoins celui d’ouverture : ouvrir, donc, les registres, les timbres et les modes de jeu inouïs, l’ambitus des ensembles où dominent les percussions, mais aussi quelques instruments graves privilégiés – la clarinette basse, le basson ou le trombone.
Amphithéâtre Bastille - 22 septembre à 20h
Frederic Rzewski. Le compositeur américain se fait l'interprète de ses propres oeuvres. The People United Will Never Be Defeated est un cycle de trente-six variations sur une chanson protestataire du compositeur chilien Sergio Ortega date de l’automne 1975. Rzewski la décrit comme un « symbole efficace » qui touche et sensibilise des publics divers, et cette idée d’unification commande son propre projet : réconcilier des langages savants et populaires, combiner le contrepoint et l’impact de la mélodie, récapituler les styles musicaux les plus divers – musiques ethniques des deux Amériques, jazz, sérialisme – mais aussi toute la technique pianistique depuis le XIXe siècle. Les Nanosonatas s’inspirent d’un article sur les « moteurs nano-nucléaires », que Rzewski lit en 2006. Chaque livre regroupe sept micro-formes ou moments musicaux : comme dans une sonate classique « des éléments différents se rencontrent, mais ne se développent pas. Au lieu de les développer, on les laisse suspendus dans le vide, comme ces personnages de Tolstoï croqués en quelques mots, mais d’une manière qui suggère qu’on pourrait écrire un livre entier sur eux… »
Amphithéâtre Bastille - 1er octobre à 20h
Compositeurs russes. En marge des avant-gardes autorisées et des gardes officielles s’étend l’univers méconnu des talents singuliers. C’est là que l’on trouve Nikolaï Obouhov (1892-1954), personnage à l’aura mystérieuse, perdu dans les limbes d’une incompréhension quasi-totale de son œuvre, et qu’ont exhumé il y a déjà quelques années Reinbert de Leeuw et Elmer Schönberger. S’engouffrant dans la brèche ouverte par Alexandre Scriabine, ce Russe de naissance et français d’adoption pousse à l’extrême une réflexion pour le renouveau du langage musical. C’est également là qu’on trouvera Galina Ustvolskaya, sa cadette de 17 ans, dont le texte religieux sous-jacent à son œuvre a toujours su rester suffisamment discret pour ne pas attirer les foudres du régime, malgré des idées musicales radicales. Éminente pédagogue, Galina Ustvolskaya a, peut-être plus qu’aucun autre compositeur de sa génération, servi de modèle et d’inspiration à la jeune avant-garde russe postsoviétique. À commencer par Boris Filanovsky, dont le style rude et déclamatoire porte encore aujourd’hui son empreinte, et Valery Voronov, qui tracent résolument leurs routes dans un paysage musical russe tombé en friche en ce début de XXIe siècle.
Amphithéâtre Bastille - 22 octobre à 20h
Concert György Kurtág. L’univers onirique de György Kurtág, images ludiques ou nostalgiques, creuse aux racines des sons pour une quête permanente de l’expression. Graphiques ou poétiques, ce sont des images de la fragilité, des fragments de mémoire au bord du silence : une mythologie du quotidien. Souvenirs d’un enfant qui parcourt tout l’espace du clavier avec une partition dont les notes sont aussi des dessins pour le bonheur d’un jeu, les Játékok sont de courtes pièces pour piano droit, ou plutôt un journal intime pour un voyage autobiographique. Au-delà de l’enfance, le souvenir peut aussi être celui d’un conte ancestral roumain avec l’histoire d’un soleil à la quête de son épouse. Colinda-Balada, vaste épopée musicale commencée en 2006 pour chœur et instruments, permet au compositeur hongrois de sublimer la langue roumaine apprise à l’école alors que les roumains tentaient d’interdire la langue hongroise. Si les œuvres de Kurtág demandent plusieurs années de conception, les Quatre Poèmes d'Anna Akhmatova s’étirent sur plus de dix ans. De cette poésie russe, qui exerce sur le compositeur une véritable fascination, il faut retenir la figure tragique de l’histoire du siècle passé, cette quête éperdue de vérité qui bute sur le monde réel. C’est une fois de plus, pour le compositeur, une possibilité d’évoquer une histoire, un souvenir, un fait, et ainsi de tenter le royaume de l’intime, via la voix de soprano.
Palais Garnier - 2 novembre 2010 à 20h
Holliger / Mochizuki / Billone. La respiration et le souffle sont au cœur de ce concert qui réunit œuvres chorales et quatuor à cordes. Heinz Holliger s’est souvent montré attentif aux minorités linguistiques et culturelles de Suisse : Rosa Loui s’inspire de quatre lieder du poète et théologien Kurt Marti, en dialecte bernois. Empreinte de nostalgie, la transparence des lignes y atteint l’essence de l’expression, une évidente simplicité. Jusque dans un effectif exclusivement vocal, Misato Mochizuki renoue avec les qualités acoustiques d’instruments japonais, au timbre prégnant, enveloppant l’écoute de leurs résonnances spirituelles. Pierluigi Billone, enfin, dans Muri IIIb, pour quatuor à cordes, rend hommage à l’artiste Federico De Leonardis qui fréquente en archéologue les lieux abandonnés, leurs matériaux désormais corrodés ou sédimentés, traces, mémoire d’une présence, dont seul demeure sur les murs un fragile esprit de vie.
Amphithéâtre Bastille - 17 novembre à 20h















